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Racheté par Orange, Cloudwatt est-il encore un opérateur de Cloud souverain ?

publié le lundi 12/01/2015

L’opérateur Orange, l’actionnaire de référence de Cloudwatt, prévoit de racheter dès janvier les parts de Thalès (22,2%) et de la Caisse des Dépôts (33.3%). A l’instar de son concurrent Numergy, qui a lui-même perdu deux de ses actionnaires de référence en 2014, Cloudwatt est-il encore un acteur de Cloud public souverain français ? Ses partenaires se posent la question, d'autant qu'ils s'inquiètent d'une possible concurrence avec Orange Business Services.

 

C’est la stupeur chez Cloudwatt. Selon un salarié interrogé, l’équipe n’a été mise en courant du futur rachat par Orange que la semaine dernière. Son PDG, Didier Renard, n’a appris lui-même que tardivement la nouvelle. Il laisse le soin à Stéphane Richard, le PDG d’Orange, de commenter cette annonce mardi matin lors de la présentation de ses vœux. Officiellement, Orange confirme ce lundi 12 janvier que « des discussions sont en cours pour étudier les évolutions possibles de la société. Dans ce contexte et parmi les options envisagées pour assurer cette nouvelle phase de développement, Orange pourrait acquérir la totalité des titres de Cloudwatt et reprendrait alors la totalité de ses salariés».

 

Une alternative à la fusion de Cloudwatt et Numergy

Et pour cause, l’opération se préparait dans le secret des alcôves ministérielles depuis l’automne dernier. Interrogé dès novembre sur la nécessité de maintenir deux opérateurs de Cloud souverain français, Cloudwatt et Numergy (ex-projet Andromède), un haut fonctionnaire du ministère de l’industrie (DGE) nous a répondu que des changements allaient intervenir au début 2015. Tout en nous précisant que la fusion de Cloudwatt et de Numergy, longtemps évoqué en 2014 car ces deux opérateurs n’avaient pas atteint leurs objectifs (trop) ambitieux en 2014, du fait du décollage plus lent que prévu du Iaas en France notamment, n’était plus d’actualité.

 

Une porte de sortie honorable pour le Gouvernement

Outre la casse sociale et financière qu’elle aurait généré, une telle fusion aurait été surtout un désaveu cinglant de la politique Cloud menée par le Gouvernement, qui a piloté, validé et largement financé dès 2012 la création de ces deux acteurs de Cloud public souverain français. Un cas unique en Europe. Rappelons que l'Etat n’est pas le seul responsable. Ces deux entités ne sont apparues que parce que deux de leurs principaux actionnaires, les opérateurs télécoms SFR et Orange, ont refusé de s’allier… On a même failli avoir un troisième candidat avant le retrait de Dassault et de ses partenaires.

 

Les actionnariats de Cloudwatt et de Numergy explosent en vol

Or, deux ans plus tard, les actionnariats de Cloudwatt et de Numergy ont explosé en vol. En effet, deux des principaux actionnaires de Numergy – SFR et Bull - qui détenaient ensemble 67% du capital de cet opérateur de Cloud public, ont été rachetés durant l’été 2014, par le luxembourgeois Altice et la SSII Atos respectivement. Quant à Cloudwatt, il vient de perdre ses deux actionnaires de référence pilotés par l’Etat, le spécialiste de l’armement et de la sécurité Thalès, mais aussi la Caisse des Dépôts. Soulignons au passage que la Caisse des Dépôts a choisi de conserver ses 33% du capital de Numergy.

 

Le Cloud public souverain français sur la sellette

Est-ce un signe de la volonté de l’Etat de maintenir officiellement au moins un Cloud public souverain en France ? Même si son actionnariat n’est plus aussi public que précédemment. Nous verrons si les collectivités locales et les organismes publics deviennent enfin ses clients. Que deviendra alors l’Institut de la Souveraineté Numérique que Cloudwatt était en train de créer ? Le dépôt des statuts a eu lieu récemment. Pour information, c’est SFR qui a déposé la notion de Cloud souverain en France dès 2012…

 

Alban Schmutz, vice-président du développement et des affaires publiques d’OVH, se dit satisfait de la décision des actionnaires de Cloudwatt : « D’ici quelques mois, nous n’entendrons plus parler ni de Cloudwatt, ni de son concurrent, ce qui éclaircira le débat sur le Cloud souverain. De facto, Cloudwatt a perdu son statut d’opérateur de Cloud public souverain, s’il ne l’a jamais eu autrement que dans sa communication.Cette opération fait enfin un peu de ménage dans le paysage du Cloud en France et les acteurs restants peuvent désormais se concentrer davantage sur les services à offrir aux clients. ».

 

Les réactions d'autres opérateurs de Cloud français sont nombreuses. A l’instar de Jules-Henri Gavetti, le PDG de l’hébergeur Ikoula et le défenseur du « Cloud Gaulois », la plupart déplorent l’argent et le temps perdu : « Nous avions indiqué il y a plus de deux ans que le projets ne pouvait aboutir en l'état, car un manque total de connaissance du marché. Nous pensons principalement aux équipes de CloudWatt, pour lesquelles nous avons le plus grand respect. Ils ont produit un grand nombre de codes et ont développé une expertise sur le cloud en espérant que tout cela ne soit pas perdu. »

 

Quant à la direction générale de l’hébergeur et infogéreur Coreye, elle a toujours émis des doutes quant à la pertinence de la stratégie de Cloudwatt et de Numergy : « ces deux nouveaux acteurs n’ont eu jusqu’à présent ni une stratégie ni un positionnement parfaitement clairs. Quelle offre pour quelle cible ? Créer à partir de zéro deux mastodontes du cloud, avec des ambitions technologiques très (trop ?) élevées, dépourvus d’expérience client et qui plus est, en attaquant le marché sans offre pour l’un et avec une stratégie décalée par rapport au marché pour l’autre ne pouvait qu’exiger beaucoup d’efforts, de temps et d’argent. Aller plus vite aurait nécessité la mise en place d’une stratégie de startup, ce qui n’a manifestement pas été le cas pour deux entreprises comptant rapidement une centaine de salariés. »

 

Quel avenir pour les partenaires de Cloudwatt ?

Que deviendra aussi le réseau de distribution indirect créé par Cloudwatt, qui a abandonné dès 2014 sa stratégie de commercialisation directe, à l’image de son concurrent Numergy deux ans plus tôt. Il intéresse Orange car ses partenaires ciblent avant tout des PME, voire des ETI, alors qu’Orange Business Services, le puissant bras armé du premier opérateur télécoms français dans les services, adresse lui essentiellement des ETI et des grands comptes. De plus, Orange dispose déjà d’une offre de Cloud public, privé et hybride très importante. D’ailleurs, certains des partenaires existants de Cloudwatt voient OBS comme un sérieux concurrent potentiel. Il n’est donc pas certain qu’ils veuillent demeurer dans le réseau de Cloudwatt, d’autant que son concurrent, Numergy, ne se privera pas de les démarcher désormais.

 

Quelle sera la réaction des nouveaux partenaires qui ont rejoint en 2014 le réseau indirect de Cloudwatt, dont Diademys notamment ? Fabrice Tétu, le PDG de l’intégrateur et infogéreur Diademys, reconnaît que la situation est délicate pour les partenaires de Cloudwatt : "Diademys a signé en 2014 un accord de distribution avec Cloudwatt, uniquement pour gérer le débordement Cloud, car cet acteur affichait une stratégie indirecte. Or, le fait que Cloudwatt soit racheté par Orange peut nous poser un problème sur le plan commercial. En effet, cet opérateur télécoms combine une stratégie commerciale directe et indirecte. Nous attendons de connaître les projets d’Orange pour savoir si nous continuerons de travailler avec Cloudwatt". Beaucoup de ses confrères sont sur la même longueur d'onde.

 

 

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