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Quelle est la responsabilité de Steria dans l'abandon de Louvois ?

publié le mardi 26/11/2013

Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense, a annoncé le 26 novembre l'abandon de Louvois, le tristement célèbre logiciel de paie des armées. Steria, la SSII qui a participé à son développement, refuse de payer seule les pots cassés pour ses dysfonctionnements.

 

Déployé progressivement dès avril 2010, le progiciel Louvois (LOgiciel Unique à VOcation Interarmées de la Solde) a provoqué des erreurs à répétition dans le calcul des soldes, voire l'absence de versements pour des soldats en opération à l'étranger. En juin, le ministère de la Défense reconnaissait qu'environ 130 millions d'euros de trop-perçus avaient été comptabilisés en raison des erreurs suscitées par ce système. En octobre, il précisait également que 65 000 des 400 000 militaires professionnels français connaissaient encore des problèmes de versement de leurs soldes…

Steria est-elle la seule responsable des dysfonctionnements chroniques de cette "usine à gaz" ? Cette SSII est-elle en droit de demander des dommages et intérêts suite à la décision du Gouvernement d'abandonner ce programme ?

 

Steria va-t-elle demander des dommages et intérêts ?

En effet, Steria pourrait invoquer une rupture de contrat unilatérale pour obtenir un dédommagement. Et même si sa responsabilité technique semble en partie engagée selon le rapport d'enquête remis en septembre par les députés Geneviève Gosselin-Fleury (PS) et Damien Meslot (UMP), cette SSII refuse de porter seule le chapeau de cet échec retentissant.

La direction de Steria précise que le calculateur de soldes défaillant avait été développé par la Défense. Et qu'elle n'intervenait dessus que depuis un an environ : "En effet, si Steria accompagne – avec de nombreuses autres entreprises – le ministère de la Défense dans l'exploitation de Louvois, elle n’est pas intervenue dans le développement original du module de paie". Cela dit, ce sont quand même ses ingénieurs qui ont réalisé l’intégration du noyau de calcul de la solde développé en régie par les différents corps d'armée. Steria développe le progiciel Louvois depuis 2009 au sein du Project Center, un centre de développement basé à Vélizy qui a assuré l’intégralité de la maîtrise d’œuvre industrielle sur ce projet.

 

L'Etat français accumule les "usines à gaz" sur le plan informatique

A la décharge de Steria, il faut reconnaître que les systèmes de paie et de RH des Armées, qui gèrent de très nombreux cas spéciaux, sont de vraies usines à gaz "à la française". Pour information, pas moins d'une demi-douzaine de logiciels RH différents sont interfacés sur Louvois, logiciel lui-même relié à Chorus, un progiciel co-développé par SAP, Ineum Consulting, etc., qui traite la comptabilité de nombreux ministères…

Par ailleurs, rappelons que si Steria a été retenue en 2009 par le ministère de la Défense, c'est en raison de sa bonne connaissance des besoins informatiques du secteur public. Cela dit, quand vous tapez le terme "Louvois" sur le moteur de recherche du site de Steria, vous n'obtenez aucun résultat. Pas plus que pour "Simat" d'ailleurs. Bizarre, non ? Pourtant, cette SSII a également participé au développement du SIM@T (Système d’Information de la Maintenance des Matériels Terrestres français). Or, ce logiciel de maintenance a également connu certains bugs importants à son démarrage, tout comme les progiciels Louvois ou Chorus...


Et la note va être salée

Chorus coûte très cher au contribuable français. Il est question d'un budget de près de 1,5 milliard d'euros sur 10 ans selon l’Inspection générale des finances et la Cour des Comptes. C'est presque deux fois plus que son coût initial. La facture de Louvois va aussi être salée. Aux 470 millions d’euros qu’auront coûtés la création, l’installation et les bugs de ce logiciel, il faudra ajouter le coût de création d'un nouveau logiciel, ainsi qu'un éventuel dédommagement de Steria... Cette SSII annonçait le même jour qu'elle "s’engage à assurer ses missions, à savoir la maintenance de Louvois, et à en réparer un maximum de dysfonctionnements jusqu’à la mise en service d’une éventuelle solution de remplacement".

 

Décidemment, l'Etat français n'est pas gâté sur le plan de ses choix en informatique. Ses acheteurs devront-ils enfin répondre de ces multiples dérives ? Sans doute pas. Reste désormais à savoir à qui le ministère de la Défense confiera le développement du nouveau logiciel qui succédera à Louvois dans environ 24 mois. Steria sera-t-elle sur les rangs ? Et combien coûtera-t-il cette fois ?

 

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