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Pourquoi Altimate était-il à vendre ?

publié le mercredi 04/04/2012

Si le VAD Altimate a enregistré de bons résultats en 2011, pourquoi sa maison-mère DCC a-t-elle décidé de le vendre ? Sans doute parce que cette holding financière irlandaise, qui possède des participations dans de nombreux autres secteurs d’activités, n’est plus de taille à participer activement à l’accélération, tous azimuts, de la concentration dans la distribution IT.

 

Et à l’instar de tous les acteurs, la crise économique européenne a obligé DCC à revoir ses priorités d’investissement. Impossible de courir tous les lièvres à la fois en période de récession. Cette holding financière irlandaise a donc dû choisir en 2012 entre ses investissements dans l’IT professionnel (BtoB) ou grand public (BtoC). Or, l’adressage du marché BtoC est une priorité de longue date pour DCC SerCom, la division IT de DCC. Dès fin 2007, elle avait d’ailleurs mandaté sa filiale Gem Logistics pour acquérir le grossiste Banque Magnétique. Le montant de cette transaction avait alors été estimé à 38,1 M€, dont 25,6 millions d'euros pour la reprise de la dette de Banque Magnétique.

 

DCC rachète deux grossistes français dans l’IT BtoC

Trois ans plus tard, DCC annonçait le 23 août 2010 l’acquisition de Comtrade, un autre grossiste Ile-de-francien spécialisé dans les produits IT et audiovisuels destinés au grand public. Le montant total de l’acquisition avoisinait cette fois-ci 21 M€. A l’époque, DCC SerCom avait précisé qu’elle finaliserait l’acquisition des parts de ce grossiste sur trois ans, à échéance du 31 mars 2013. La vente d’Altimate arrive donc à point nommé pour l’aider à conclure l’achat de Comtrade.

 

Basé à Roissy en France (95), Banque Magnétique revendiquait alors un chiffre d’affaires de 208,2 M€ au 31 mars 2010 pour un résultat net de 2,1 M€. Quant à Comtrade, il avait réalisé au 31 décembre 2009 un chiffre d’affaires de 65,2 M€, pour un bénéfice d’exploitation de 3 M€. Avec un chiffre d’affaires avoisinant les 275 M€ en 2010, le nouvel ensemble devait peser significativement dans le retail IT, y compris face à des grossistes IT généralistes plus grands que lui, tels qu’Actebis, ETC, Ingram Micro et Tech Data.

 

D’ailleurs, l’achat de Comtrade par DCC était la deuxième acquisition durant l’été 2010 d’un grossiste spécialisé dans les produits IT et audiovisuels destinés au retail. En effet, le grossiste IT allemand Actebis venait tout juste d’annoncer sa fusion avec son homologue Alto. La concentration s’accélère donc dans le secteur de la distribution de produis IT pour le grand public.

 

Les volontés hégémoniques d’Avnet TS et Arrow ECS

Mais également dans le secteur de l’IT BtoB. C’est d’ailleurs le problème auquel DCC est confronté. Certes, sa filiale Altimate enregistre une progression de son chiffre d’affaires depuis 2010, mais ce VAD est devenu progressivement un acteur de second plan suite aux multiples acquisitions réalisées depuis deux ans par certains groupes de distribution IT BtoB. Des acquisitions orchestrées principalement par deux VAD américains, Avnet et Arrow ECS, eux-mêmes filiales d’énormes multinationales américaines spécialisées dans les produits et composants IT. A titre d’exemple, la division Technology Solutions (TS) réalise 11 des quelques 25 Md$ de chiffre d’affaires du groupe Avnet.

 

Graeme Watt, le président pour la région EMEA de Technology Solutions (TS), a expliqué fin 2011 à CBP qu’Avnet voulait devenir le plus important VAD IT au monde. Son groupe prépare d’ailleurs de nouvelles acquisitions pour 2012, et pourquoi pas en France. Avnet TS a déjà acquis le VAD français Amosdec et l’Anglais ITX Group l’année dernière, ainsi que son compatriote américain Bell Microproducts en 2010, année de son cinquantenaire en bourse. Sa trésorerie est à la hauteur de ses ambitions, dans le Cloud notamment, secteur où Avnet désire également jouer un rôle de consolidateur du marché.

 

Quant à son grand rival américain, Arrow, il a grandi par croissance organique et externe en Europe ces dernières années. Sa filiale ECS a racheté plusieurs VAD IT indépendants en Europe, dont Logix en 2008 ou encore Sphinx, un grossiste spécialisé dans les réseaux IT sécurisés en Angleterre. Il s’emparera prochainement d’Altimate, un VAD qui réalise quand même 350 M€ en Europe avec les produits de Symantec, Oracle,  NetApp et d’IBM notamment. Ce faisant, il consolidera sa position de premier grossiste IT BtoB en France, et certainement dans plusieurs autres pays européens.

 

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi Patrice Arzillier, le PDG d’Altimate Group, estime « sincèrement que ce projet d'intégration au sein d'Arrow,  leader mondial  et européen de la distribution,  est  le meilleur choix. Il permettra de faire face aux challenges de notre industrie mais plus encore, la culture de la valeur au cœur de nos deux entreprises ainsi  que la complémentarité de nos ressources entraineront  des synergies gagnantes pour le plus grand bénéfice de nos partenaires : fournisseurs et revendeurs. ».

 

Ingram Micro et Tech Data sont en embuscade

Cette série d’acquisitions de VAD nationaux illustre bien l’européanisation, voire la mondialisation inéluctable de la distribution IT BtoB. D’autant qu’elle est orchestrée en sous-main par les fournisseurs IT, qui favorisent tout initiative leur permettant de réduire le nombre de leurs grossistes IT en Europe. Et c’est là que le bât blesse pour Avnet et Arrow ECS. Car ces VAD BtoB ne sont pas les seuls dans la compétition. Ingram Micro et Tech Data, les deux plus importants grossistes IT généralistes de la planète, sont également sur les rangs.

 

Et tout spécialement Tech Data, qui développe une stratégie de multi spécialiste par croissance organique et externe. Il a déjà acquis les actifs d’une petite dizaine de distributeurs BtoB en France et en Europe, tels que Man & Machine, un grossiste spécialisé dans les logiciels Autodesk, mais aussi Azlan, un spécialiste des réseaux IT, ou encore ceux de Brightstar, un distributeur de produits télécoms. Gérard Youna, l’ex-PDG de Tech Data France, nous avait expliqué en avril 2011 la stratégie de diversification de son groupe dans l’audiovisuel, avec le lancement de la division Maverick, et dans… l’électroménager !

 

Gageons que les prochains trimestres vont nous réserver bien des surprises. En effet, il est certain que les concurrents d’Arrow ne resteront pas indifférents à sa prise de contrôle d’Altimate. Il est également peu probable que SCH, la maison-mère anglaise de Best’Ware, le troisième VAD IT français en terme de taille, ne réagisse pas à cette nouvelle offensive d’un grossiste IT américain. Mais peut-être pas forcément en France, car le nombre de cibles « intéressantes » a fortement diminué dans l’Hexagone, ou leurs propriétaires en veulent des sommes trop élevées, aux dires des acquéreurs potentiels. Au final, on peut se demander s’il y a encore de la place pour un acteur de référence, non anglo-saxon, dans la distribution IT européenne.

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