IT BtoB European Collaborative Webzine for leaders

Numergy est-il encore "souverain" dans le Cloud public ?

publié le lundi 29/09/2014

En effet, deux des principaux actionnaires – SFR et Bull - qui détiennent 67% du capital de cet opérateur de Cloud public ont été rachetés durant l’été 2014. Numergy et Cloudwatt fusionneront-ils s'ils n'atteignent pas leurs objectifs initiaux ? Autant de questions-clés auxquelles Philippe Tavernier, le président de Numergy, répond sans compromis. Son objectif : détenir grâce au channel 15% du marché français du Iaas public d’ici 2020.

 

Magazine CBP (www.channelbp.com) : Quel bilan dressez-vous deux ans après la création de Numergy en 2012 ?

Philippe Tavernier, président de Numergy, un opérateur de Cloud public français dit "souverain" et fin connaisseur du marché du Cloud : Créée officiellement le 5 septembre, Numergy est aujourd'hui une vraie entreprise qui emploie une centaine de salariés en CDI. Tous les jours, nous gagnons des affaires. Toutefois, Numergy doit encore réaliser beaucoup de pédagogie auprès de ses prospects pour les rassurer et leur démontrer les vertus du Cloud.

 

Numergy a-t-il atteint les objectifs financiers que ses actionnaires lui avait fixé lors de sa création ?

Numergy va réaliser 6 ME en 2014, avec un an de décalage par rapport à son objectif initial. Le chiffre d'affaires généré cette année est finalement plus faible que celui qui avait été annoncé lors de notre lancement. Par ailleurs, nous sommes encore largement dépendants de la commande de SFR, l'un de nos actionnaires-fondateurs, mais cette situation commence à changer car nous avons signé environ 120 partenaires qui commencent à nous ramener des affaires.

 

Quelle est la part de la commande provenant encore de SFR ?

SFR reste le principal client de Numergy puisqu'il génère encore près de 80% de notre chiffre d'affaires.

 

Comment prévoyez-vous de réduire la commande Cloud de SFR, tout en augmentant rapidement votre chiffre d'affaires à court et moyen termes ?

En lançant de nouvelles offres et en renforçant notre réseau de distribution indirect. L'objectif de Numergy n'a pas changé. Nous désirons toujours détenir à moyen terme 15% du marché français des infrastructures virtualisées dans le Cloud public, contre 2% en 2014, qui est notre première vraie année d'exercice commercial. Nous prévoyons toujours de réaliser 400 ME, mais plus forcément à l'horizon de 2020, car le marché du Cloud public décolle un peu moins rapidement que les prévisions initiales de nos actionnaires.

 

Comment expliquez-vous ce décollage plus lent que prévu pour Numergy et Cloudwatt ?

En France, les entreprises, qui sont toujours plus nombreuses à virtualiser leurs systèmes d'information, sont surtout attirées par le Cloud privé dans un premier temps. Certaines d'entre elles prévoient aussi de basculer progressivement vers le Cloud hybride à court ou moyen termes. Leurs choix ralentissent automatiquement la montée en charge des leaders français du Cloud public, tel que Numergy.

 

Un rapprochement avec Cloudwatt est-il toujours d'actualité ?

Certes, la rumeur qui a circulé en ce début 2014 n'est pas en notre défaveur, mais un tel rapprochement serait destructeur de valeur. Après le changement intervenu cet été à la tête de Cloudwatt, je souhaite que ce confrère trouve, avec l'aide de ses administrateurs, un positionnement différent, voir complémentaire, de celui de Numergy. Cela dit, à terme, il y aura forcément de la consolidation entre les acteurs sur le marché du Cloud.

 

Est-ce que vos deux actionnaires respectifs et néanmoins concurrents, les opérateurs SFR et Orange, peuvent figurer dans le même tour de table d'une structure qui fusionnerait Cloudwatt et Numergy ?

Il faut le leur demander.

 

A l'instar de votre concurrent Cloudwatt, avez-vous réduit vos effectifs ces derniers mois ?

Pas vraiment. Cinq personnes sont parties, chiffre à mettre en face des 106 salariés recrutés par Numergy en deux ans.

 

Numergy est-il encore un Cloud public 100% français sachant que 67% de son capital a changé de main durant l’été 2014. SFR, son principal actionnaire fondateur a été racheté par le luxembourgeois Altice, et que Bull l'est aussi, par Atos, une SSII dont le capital est en bourse ?

Altice, le nouvel propriétaire de SFR n'est certes pas français, mais cet opérateur télécoms demeure une société française. En outre, SFR ne détient que 47% du capital de Numergy, alors que la Caisse des Dépôts en possède 33%, et Bull, 20%. Je précise qu'Atos, une SSII qui rachète effectivement un autre de nos actionnaires, Bull, est également une société française.

 

Numergy demeure-t-il un opérateur de Cloud public "souverain", un terme d'ailleurs déposé par votre actionnaire SFR ?

Ce n'est pas moi qui est associé Numergy avec cette notion de "Cloud souverain". Je ne l'ai d'ailleurs jamais vraiment mise en avant. Numergy demeure une société française pérenne, soutenue par l'Etat français, qui emploie des salariés français et qui paie ses impôts en France. J'ajoute que la Caisse des Dépôts, qui est le bras armé de l'Etat dans les investissements stratégiques, est le garant du caractère "souverain" de notre activité. Nous avons donc la garantie que Numergy ne sera jamais racheté par un acteur étranger.

 

La standardisation en 2015 de la notion de "souveraineté" par l'Ansi est-elle une bonne chose ?

Numergy est volontaire pour devenir le premier pilote sur le deuxième niveau de certification, baptisé Standard, qui est le plus contraignant sur le plan technique. Il est important de créer un certificat pour sécuriser le Cloud qui soit ouvert à tout le monde. La fameuse "fausse barbe" de la sécurité va tomber en 2015.

 

Numergy est-il désormais aussi compétitif au niveau tarifaire que les géants américains du Cloud et de l'Internet ?

Numergy est très bien placé en termes de prix suite à la sortie en juin de la V2 de ses offres. Mais nous n'avons aucune volonté d'être moins cher qu'un Google ou Amazon, ni le moins-disant du marché en termes de prix. En effet, il convient de comparer ce qui est réellement comparable. Contrairement à la majorité de ces acteurs, Numergy fournit à ses clients de vraies plus-values et des services monétisables, tels que des contrats en français, un hébergement en France, un agrément hébergeur de santé, une plateforme OpenStack ouverte et robuste, etc.

 

Numergy et ses confrères français du Cloud public pourront-ils s'aligner encore sur Amazon, le leader mondial du Cloud public, qui ne cesse de baisser ses prix tous les trimestres, ou presque ?

Le Cloud public est un marché de commodité où les prix vont continuer à baisser. Numergy s'inscrit dans une vision moyen et long termes qui nous oblige à nous adapter en permanence à la compétition internationale. Heureusement, le choix d'OpenStack nous permet de disposer d'une plateforme technique peu coûteuse et de la faire évoluer dans une logique industrielle. Aussi, la vraie question au final est : Amazon pourra-t-il continuer à baisser ses prix de manière crédible ?

 

Numergy lancera-t-il de nouvelles offres Cloud en 2015 ?

Numergy dévoilera en octobre son offre Numergy Santé afin d'optimiser son agrément d'hébergeur de santé. Nous commercialiserons également dès janvier 2015 une offre Big Data qui est en cours de test chez des clients. Enfin, nous travaillons aussi pour 2015 sur une offre reliée à l'Internet des Objets, car les produits connectés envahissent progressivement notre quotidien et celui des entreprises.

 

Vos partenaires peuvent-ils déjà revendre votre offre d'hébergement des données de santé ?

Bientôt, car notre offre totalement packagée sort cet automne. Numergy a investi pendant douze mois pour devenir hébergeur de santé en juin dernier. Les revendeurs qui suivent la formation que nous leur dispensons actuellement pourront la relayer rapidement. Ils bénéficieront ainsi d'un avantage indéniable par rapport à leurs concurrents. Cela dit, ils doivent accepter que l'on audite régulièrement leurs processus pour continuer à en profiter dans la durée.

 

Etes-vous satisfait de la montée en charge du réseau indirect de Numergy ?

Oui, nos quelques 120 partenaires commencent à trouver le bon niveau de discours en clientèle. En même temps, je comprends le temps qu'ils mettent pour adopter ces nouveaux modèles commerciaux et modifier leur système de rémunération. Ce n'est pas toujours simple de changer de modèle économique.

 

Numergy recrutera-t-il beaucoup de partenaires supplémentaires ?

Non, car nous voulons rester sur un réseau de distribution qualitatif. Dans cette perspective, Numergy ne travaillera plus avec les revendeurs qui ne nous ont pas vraiment apporté d'affaires en 2014.

 

Cloud Team Alliance, une association européenne d'acteurs du Cloud, dont Numergy est l'un des membres fondateurs en 2013,  compte-t-elle de nouveaux adhérents en 2014 ?

Elle a accueilli Enter, un acteur italien. Nous sommes également en discussion actuellement avec un spécialiste suisse du Cloud, voir un allemand à terme.

 

 

 

BIO de Philippe Tavernier, président exécutif De Numergy

 

Diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris, Philippe Tavernier, 53 ans, a commencé sa carrière en 1984 en tant qu’auditeur au sein du cabinet Deloitte.

 

En 1989, il rejoint le groupe Capgemini. Directeur Financier de Cap Sesa Exploitation, en 1996, il évolue vers des fonctions opérationnelles en devenant directeur général de la Division Nord Est de Capgemini France puis de directeur général adjoint, en charge des activités infrastructures et des projets de cloud computing.

 

En 2002, il est nommé président de Sogeti France, filiale du groupe Capgemini, spécialisée dans les services informatiques et d’ingénierie de proximité.

 

En septembre 2012, Philippe Tavernier est nommé président exécutif de Numergy, société française spécialisée dans la construction et l’exploitation d’infrastructures de Cloud computing public.

 

Moyenne: 5 (1 vote)
Réseaux sociaux :
Twitter Facebook Google LinkedIn

Autres articles sur le même sujet :

Mots clefs :