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Maintient de la taxe professionnelle pour les sociétés de services : un scandale ?

publié le mardi 06/10/2009

La suppression en 2010 de la taxe professionnelle pour les industries, et non pour les entreprises de services, traduit une vision économique courte termiste aussi unique en Europe que ne l'est cette taxe. La France marcherait-elle ici à contre-sens des économies voisines, qui passent progressivement d'une logique toute industrielle à une stratégie de services, laissant d'ailleurs derrière elles des générations d'ouvriers sur le carreau ?

Or, les syndicats professionnels tels que le Syntec, la CGMPE ou le Medef se sont-ils vraiment mobilisés à fond contre le maintien de la taxe professionnelle pour les sociétés de services ? Hormis la publication de quelques rares tribunes et d'une lettre ouverte au Gouvernement, on ne les entend guère sur le sujet en public depuis cet été. Peut-être sont-ils plus actifs dans quelques secrètes alcôves ou commissions confidentielles. Toutefois, à l'heure où la crise économique frappe également de plein fouet Var, intégrateurs, sociétés de services et éditeurs IT, ces derniers auraient sans doute pu s'attendre à une mobilisation plus forte de leurs représentants que sur le... Grand Emprunt.

Il y a urgence à promouvoir davantage les industries de services, dans l'IT notamment, et surtout leurs PME en période de crise économique. D'autant que les marges qu'elles dégagent sur des prestations récurrentes sont souvent supérieures à celles de l'industrie. Elles créent également des emplois à valeur ajouté, pas toujours aussi facilement délocalisables, surtout dans les services de proximité, à la personne par exemple. C'est sans doute pourquoi les grands industriels de l'IT (Dell, HP, IBM, etc.) et les telcos (BT, Deutsche Telekom, Orange, etc.) se sont lancés dans une course effrénée pour acquérir, à coup de milliards de dollars, le fleuron des sociétés de services IT internationales (EDS, Perot, etc.). A n'en pas douter, les intégrateurs et SSII européennes, françaises notamment, sont dans leurs collimateurs. S'il ne découragera pas ces prédateurs, le maintient de la taxe professionnelle n'aidera pas non plus ces entreprises de services, dont les plus modestes, à leur résister...

Renforcer les fonds propres des entreprises
Certes, Nicolas Sarkozy a annoncé le 5 octobre que le Gouvernement allait "mettre deux milliards d'euros à la disposition des PME et des entreprises intermédiaires pour renforcer leurs fonds propres", a déclaré le chef de l'Etat. Les mesures décrites sont encourageantes, car elles permettront à certaines PME de sortir sans trop de casse de la crise. Et sans faire appel aux banques, lesquelles sont toujours aux abonnés absents. Mais, une fois de plus, le Gouvernement favorise le secteur industriel et s'attaque aux conséquences du déficit chronique de trésorerie dans les entreprises françaises, plutôt qu'à ses causes...

En France, les entreprises paient 80 Md€ d'impôts de plus par an que leurs homologues allemandes et 120 Md€ que les sociétés anglaises selon les experts économiques ! Pas étonnant dans ces conditions qu'elles aient une rentabilité moyenne de seulement 4-5 %, contre 10 % environ pour leurs concurrentes anglaises, allemandes, etc. En conséquence, beaucoup d'entre elles n'arrivent ni à l'âge adulte, ni franchissent les frontières françaises.

Des proies faciles ?
En conclusion, le maintient de la taxe professionnelle pour les sociétés de services va fragiliser davantage ces dernières, à l'heure où leurs métiers sont en pleine mutation industrielle dans l'IT. Mutations qu'elles auront plus de mal à financer qu'avant la crise économique. Elles sortiront aussi plus lentement de celle-ci que leurs homologues étrangères, de part leur incapacité à reconstituer aussi rapidement qu'elles des fonds propres et de la trésorerie. A nouveau sous-capitalisées, elles deviendront alors des proies faciles pour les fonds de pension et les capitaux risqueurs, ou pour les industriels IT. La concentration va s'accélérer dans le secteur des services IT.

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