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Londres restera-t-il le leader européen de l’hébergement et du Cloud ?

publié le jeudi 25/08/2016

Déjà impacté par la polémique liée à l’échange des données entre les Etats-Unis et l’Europe suite à la fin du Safe Harbour, Londres doit gérer désormais les conséquences du BrexIT sur l'industrie du Numérique. Olivier Micheli, le président du Cesit, estime que la première place financière et de l’hébergement européenne est à risque et qu’elle peut perdre une partie de son leadership. Mais il existe selon lui de belles opportunités d'acquisitions pour ceux qui n'ont pas d'aversion aux risques.

 

 

Magazine CBP (www.channelbp.com) : Le Brexit – vote qui prévoit le départ du Royaume-Uni de l’Union Européenne - impacte-t-il déjà l’économie anglaise, et celle du Numérique en particulier ?

Olivier Micheli préside depuis juin 2016 le Cesit, l’association française des hébergeurs et opérateurs de salles informatiques. Il est également directeur générakl de Data4 Group, un spécialiste de l'hébergement propriété du fonds d’investissement Colony Capital : Ce vote des Anglais est étonnant car ils sont très pragmatiques. Ils savent que l'impact du Brexit sur leur économie sera fort à moyen et court termes. Et à long terme, ils devront sans doute se réinventer. Le Brexit est une opportunité pour l'Europe continentale car tous les facteurs qui ont fait le succès de Londres sont en train de tomber.

 

Quels facteurs ?

Le Royaume-Uni a toujours été perçu par les fournisseurs américains et asiatiques comme un pays où il est facile de faire du business. Tout naturellement, ils considèrent donc ce pays comme la porte d'entrée privilégiée vers l'Europe. Cette appréciation risque de changer après le Brexit.

 

Le Brexit va-t-il impacter fortement les secteurs britanniques du Numérique, de la colocation, de l’hébergement des données et du Cloud ?

Oui, car l’attraction des talents est au cœur des débats de l’après Brexit. Il existe une vraie bataille des capitales mondiales pour les attirer. Le Royaume-Uni en dépend largement car 10% de son économie repose sur le Digital. Les acteurs de la Fin Tech, marché sur lequel les Britanniques sont en avance, sont de gros consommateurs d'hébergement et de Numérique. Or, le Brexit ne fait pas leurs affaires car il limite leur accès à l’Europe. Rappelons que leurs activités sont délocalisables plus rapidement que nos data centers…

 

Quel sera son impact sur le secteur Financier, l’un des piliers de l’économique Britannique ?

L’impact du Brexit sur le secteur financier est également fort. Les établissements financiers britanniques ne pourront bientôt plus vendre de produits financiers en Euro. Certains grands acteurs de ce secteur très important pour Londres et le Royaume-Uni, dont Visa, pourraient donc délocaliser une partie de leurs activités en Europe continentale. Une réaction en chaine est possible. Les acteurs britannique du Numérique ont donc tiré le signal d’alarme car la Finance représente environ un tier des investissements et de l'espace des data centers à Londres. Et la capitale britannique pèse 40% du marché des data centers face à Francfort, Paris et Amsterdam.

 

Les grands hébergeurs vont-ils quitter le Royaume-Uni ?

Ils savent qu’ils courent un risque sur le plan financier désormais et que le taux d'occupation des data centers risque de chuter à Londres. Et comme après la chute du Safe Harbor, le Brexit va accélérer les investissements des grands opérateurs Internet et Cloud en Europe Continentale. Si les clients le demandent, de grands acteurs comme Equinix, le leader mondial, peuvent proposer des transferts dans d'autres data centers en Europe Continentale, sur des places comme Francfort, Paris et Luxembourg notamment.

 

Le marché de l’hébergement étant très capitalistique, les opérateurs locaux continueront-ils à investir massivement à Londres après le Brexit ?

Ils risquent de réduire leur couverture et ne pas prendre le risque d'investir des dizaines de millions d'euros dans un data center de 10.000 m². En effet, il existe trop d'incertitudes financières actuellement et les data centers ne sont pas délocalisables facilement… En outre, le foncier et l'énergie sont chers, ce qui allonge le retour sur investissement des hébergeurs. D’ailleurs, les bons emplacements sont devenus plus rares sur la première place de l’Hébergement et de la Finance en Europe.

 

Le marché de l’hébergement britannique entrera-t-il en phase de récession dès 2016 ?

Nous prévoyons un sérieux coup de frein sur les projets d'investissement à Londres et au Royaume-Uni. Le taux de vacance est encore assez élevé et les opérateurs locaux ont la capacité d'absorber une année de prise de commande faible. Ils vont puiser dans leurs stocks en attendant une stabilisation des relations entre le Royaume-Uni et Europe.

 

Data4 Group va-t-il investir au Royaume-Uni malgré le Brexit ?

Data4 Group n’est pas encore présent au Royaume-Uni, même si nous avons bien cartographié le marché londonien de l’hébergement. Les opportunités y sont bien plus intéressantes depuis le Brexit. Il existe vraiment de très belles opportunités d'acquisitions pour ceux qui n'ont pas d'aversion aux risques et qui ont du cash. Celles-ci deviendront encore plus intéressantes si la Livre Sterling continue de chuter face à l'Euro (-12% depuis le Brexit, la Livre est retournée à son niveau de 1985). Il y a aussi ceux qui sont prêt à parier que le Royaume-Uni ne sortira finalement pas de l’Union Européenne. Un pari risqué. Quelle que soit l’issue finale, le problème est de savoir si le marché britannique de l’hébergement restera aussi dynamique à court terme ?

 

Pensez-vous que le Royaume-Uni de l’après Brexit respectera le Privacy Shield ?

Quel est son projet stratégique après le Brexit ? Devenir un Singapour européen très libérale qui se tournera vers les Etats-Unis et l'Asie ? Au niveau de la confidentialité des données, le Royaume-Uni décidera peut-être d'avoir un cadre réglementaire des données plus souple, ce qui pourrait entraîner une rupture avec l'approche européenne. Si le Royaume-Uni n'est plus conforme avec la législation européenne, cela encouragera les grands opérateurs de Cloud américains et asiatiques à densifier leurs installations en Europe continentale.

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