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Les ESN doivent s'adapter ou... disparaitre

publié le mardi 16/12/2014

Interrogé sur les opportunités actuelles et futures pour les ESN françaises, le patron du Syntec Numérique, Guy Mamou-Mani, se dit préoccupé par l’avenir de certaines ESN à court terme ; surtout si elles demeurent généralistes, qu’elles ne facturent toujours que du « temps homme » et non des usages, ou qu’elles ne parlent pas aux directeurs marketing.

 

Le patron du Syntec Numérique s'inquiétait fin novembre de voir qu’un nombre trop important d’ESN (Entreprise de Services Numériques), souvent de taille moyenne, demeurent des prestataires généralistes, mais aussi de leur incapacité à adapter leur mode de fonctionnement à la nouvelle donne des solutions IT innovantes, qui font la part belle aux usages. Guy Mamou-Mani conseille notamment à ces ESN généralistes de verticaliser davantage leurs activités et de facturer désormais des usages et non plus uniquement du « temps homme », tant en régie qu'au forfait. "Si une ESN ne s'intéresse ni au Cloud, ni au Big Data par exemple, elle restera une SSII et elle disparaitra. Certes, Groupe Open, l'ESN que je préside, continue à vendre des compétences, mais nous avons commencé à opérer ce changement de modèle économique pour parler davantage d’usages". Selon lui, « celles-ci doivent aussi se spécialiser si elles ne veulent pas disparaitre ». Le risque est bien réel pour Guy Mamou-Mani : « En tant que dirigeant du Groupe Open, je reçois un dossier par jour de SSII généraliste de 100 salariés qui cherche un investisseur.».

 

Le secteur IT va encore se consolider et l’offshore progresser

La consolidation du secteur des services IT va s'accélérer en 2015 estime Guy Mamou-Mani,  "C’est inévitable car certaines ESN n’auront pas opéré les bons choix technologiques ou les bons modèles économiques, or, leurs clients sont de plus en plus sélectifs, tant en termes de choix de la taille de leurs partenaires, que de qualité des prestations offertes par exemple ". S’adapter à la nouvelle demande, pas facile. D’autant que ces SSII subissent une concurrence accrue de la part de prestataires IT étrangers.

Le patron du Syntec Numérique se dit d’ailleurs préoccupé par la progression de l'offshore en France, en croissance de 14% en 2014, car cette concurrence peut détruire des emplois supplémentaires dans l'Hexagone. Toutefois, il concède que cette pratique permet aussi d'en créer, lorsqu'une ESN a recours à l'offshore pour suivre ses clients français à l'étranger par exemple. Attention cependant, Dès 2013, le chiffre d'affaires généré par cette externalisation des services IT dans les pays étrangers, où la main d'œuvre est moins chère, représentait 1.9 Md€, soit 6.3% du marché français des services IT (49.2 Md€) cette année-là, contre 6.1% en 2012.

 

Vers des suppressions d'emplois importantes

Evidemment, ces divers constats conduisent Guy Mamou-Mani à pronostiquer des suppressions d'emplois importantes dans l’industrie des services IT, « comme lors de la première révolution numérique, mais ces suppressions de postes seront partiellement compensées par la création de nouveaux emplois ». A condition que les ESN opèrent une vraie évolution de leurs modèles économiques.

Pour y parvenir, elles ont besoin, plus que jamais, de former leurs troupes et de rester compétitives. Guy Mamou-Mani regrette donc que « Ce Gouvernement essaie de nous « piquer » notre budget de formation au Fafiec. C’est une folie car, vous l’aurez compris, il existe un gros besoin en formation dans notre industrie IT. C’est un passage obligé si nous voulons continuer d’aider la France à rester compétitive. Il est dommage que notre pays passe son temps à financer les emplois du passé et pas ceux d'avenir… ». Or, Guy Mamou-Mani en est convaincu, les développeurs « sont les nouveaux héros de la révolution numérique. Leurs profils dans 5 ans ne seront plus les mêmes que ceux d'aujourd'hui ». Le patron du Syntec Numérique plaide aussi au passage pour un allégement des charge sur les bas salaires, mais aussi sur les hauts, afin d’éviter que les plus développeurs ou ingénieurs les plus brillants aillent dans la finance ou aux Etats-Unis.

 

Apparition d’une nouvelle génération de décideurs 

Guy Mamou-Mani s’inquiète aussi des difficultés qu’ont ces sociétés de services IT à identifier les bons interlocuteurs pour les achats IT dans cette nouvelle donne : « Les ESN sont entrées dans une nouvelle ère où une partie des dépenses en informatique, dans le Cloud notamment, ne passe plus par la direction des services informatiques (DSI), mais de plus en plus par le marketing et les directions métiers. Avec comme corolaire, l’apparition d’une nouvelle génération de décideurs ». Le patron du Syntec Numérique estime « qu’une « SSII de papa » ne pourra pas facturer par exemple un développeur Cobold, très prisé actuellement pour la maintenance des mainframes, à un directeur marketing ».

 

Consciente de ces changements dans les processus de décision des clients finaux, son organisation syndicale a d’ailleurs commencé à inclure des responsables marketing dans ses groupes de travail car « la transformation numérique intègre l'ensemble des processus de l'entreprise », précise Guy Mamou-Mani. En parallèle, il invite les agences de pub et les agences web concernées par ces changements à se préoccuper davantage des problématiques liées aux infrastructures IT, afin ne pas reproduire les erreurs des années 2000 lors de la bulle Internet.

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