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Les data centers encore trop gourmands en énergie bientôt à la diète ?

publié le mardi 06/10/2015

La haute disponibilité électrique va baisser en Europe car la demande en courant y devient très forte. La Commission Européenne impose donc aux opérateurs de data centers, dont le nombre va aussi baisser, de tester leur consommation en cette fin 2015. Paul-François Cattier, le vice-président Cloud & Finances de Schneider Electric, explique les enjeux de cette lutte contre le gaspillage énergétique.

 

 

Magazine CBP (www.channelbp.com) : Que pensez-vous de l'obligation faites par la Commission européenne aux grands opérateurs européens de data centers de réaliser un test d'efficacité énergétique avant début décembre ?

 

Paul-François Cattier, vice-président Cloud & Finances de Schneider Electric, le premier équipementier mondial d'équipement de protection électrique et énergétique : C'est une bonne chose. Les data centers sont impactés par la loi DDADUE car ce sont de "grands" consommateurs d'énergie. Depuis déjà plusieurs années, les opérateurs mesurent la consommation énergétique de leurs data centers, font des analyses de PUE (Power Usage Effectiveness) afin de maîtriser et d'améliorer leur performance énergétique. Dans le cadre de cette loi, les opérateurs de data centers s'orientent vers une démarche de certification ISO 50 001 qui valide leur conformité visant à améliorer la performance énergétique. Chez Schneider Electric, notre offre complète d'audit énergétique et d'amélioration du rendement des data centers permet de réduire la facture d'énergie jusqu'à 30%.

 

Croyez-vous en une possible pénurie électrique pour les data centers en France et en Europe dans les années à venir ?

La haute disponibilité électrique va baisser car la demande en courant est très forte, surtout avec l'avènement prochain du Smart Grid. Les opérateurs vont devoir mieux gérer des pics de surconsommation qui leur coûtent très cher. En France, il est encore difficile de trouver du courant au Nord de Paris, où sont situés beaucoup de grands data centers, sauf quand ils bénéficient du transfert d'énergie en provenance de bâtiments industriels qui disparaissent.

 

Les opérateurs européens de data centers sont-ils confrontés à une grave challenge suite à l'inflation programmée du prix de l'électricité, dont le qui ne cessera d'augmenter d'ici 2020 ?

Un PUE de 1.3 est assez facile à obtenir en Europe, voire de 1;1 en free cooling avec les data centers actuels. En revanche, l'efficacité énergétique de la majorité des data centers construits depuis les années 90 est bien inférieure à ces deux chiffres. Donc, le challenge est important pour les banques et assurances, qui sont les principaux propriétaires de ces anciens data centers. Ce marché est bien différent de celui des spécialistes de la colocation neutre, qui disposent d'une vraie expertise dans l'efficacité énergétique, laquelle attire de plus en plus les banques et assurances depuis 5 ans, car les prix proposés sont attractifs.

 

Que pèse le marché de l'outsourcing de ces infrastructures et serveurs au plan mondial ?

Il représentait environ 30% du marché mondial à la fin des années 2000, contre près de 70% aujourd'hui.

 

Quelles solutions proposent des spécialistes de l'efficacité énergétique comme Schneider Electric aux opérateurs de data centers pour réaliser des économies ?

Schneider leur propose par exemple des solutions simples pour optimiser leurs installations. Un data center de 1 mégawatt (MW) coûte 10 millions d'euros à construire et il consomme l'équivalent de 10 millions d'euros sur 10 ans. Schneider Electric propose aux opérateurs de réaliser jusqu'à 30% d'économie en réalisant avec Schneider certains travaux amortissables sur 18 à 24 mois. Nous les aidons également à améliorer leurs best practices. En leur conseillant par exemple d'enlever de leurs salles les cartons des serveurs car ils absorbent du froid, de mettre des caches sur les ouvertures des serveurs non utilisés dans les baies, d'améliorer l'urbanisation de leurs salles, etc. Ainsi, ils peuvent gagner facilement 5 à 15% sur leur consommation électrique annuelle !

 

Que pensez-vous de la publication de récentes études qui prédisent la baisse du nombre de data centers dès 2018 ?

Certaines de leurs conclusions sont exactes. Il est vrai qu'il existe de moins en moins de data centers en entreprise et que leur nombre continue de baisser d'une année sur l'autre. Cependant, je parie sur l'arrivée de deux nouvelles technologies IT, l'Internet des Objets (IoT) et le Big Data, qui vont créer des quantités phénoménales de données, structurées ou non, à échanger. Il leur faudra donc de nombreux points de présence en périphérie du réseau pour collecter toutes ces données et les agréger pour permettre aux opérateurs de les pré-digérer. Il est donc probable que nous assistions dans les années à venir à la création, près de la source de ces données, de nombreux micro data centers qui les relaieront ensuite vers des data centers massifs (hyperscale)

 

L'apparition de cette multitude de micro data centers est-elle une opportunité pour Schneider Electric et ses revendeurs ?

Oui, car la création de ces petits data centers de x centaines de m² est gérée entièrement par notre réseau indirect. Toutefois, ce marché enregistre une faible croissance actuellement. Par ailleurs, il est possible que certains des plus gros contrats sur les micros-data centers  leur échappent, essentiellement pour des questions de surface financière, tout comme ceux concernant les installations « hyperscales », car ils représentent X dizaines de ME d'investissement.

 

Quelles conclusions tirez-vous de la consolidation du marché de l'hébergement, suite notamment à la récente fusion entre Equinix et Telecity ? Est-ce une opportunité pour Schneider et ses concurrents ?

Cette concentration va s'accélérer en Europe. Les opérateurs devront disposer de data centers de plus en plus industrialisés et standardisés, ne serait-ce que pour relever le défi de l'Internet des Objets (IoT). C'est donc une opportunité pour Schneider Electric, qui est un champion de l'industrialisation des data centers.

 

Comment évoluent les relations qu'entretient Schneider Electric avec les spécialistes de la colocation neutre et ses revendeurs historiques ?

Les sociétés de colocation deviennent des partenaires à part entière et nous les gérons avec le programme Power by Schneider. Le groupe n'a aucune envie de tuer son réseau de spécialistes électriques, en forte croissance. Quant à notre réseau IT, il ne se développe pas plus vite, car il vend essentiellement de petits onduleurs à des entreprises qui ont de moins en moins de serveurs... Mais je note une croissance continue des besoins de l'IT de leurs clients.

 

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