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La Dinsic réussira-t-elle la mutation de l'Etat vers le Cloud ?

publié le jeudi 18/08/2016

L'adoption rapide et harmonieuse du Cloud par le Gouvernement et les Collectivités Locales n'est pas gagnée d'avance, même si l'on constate des avancées intéressantes de la DSI de l'Etat (Dinsic). C'est l'une des conclusions de la table ronde sur le « Cloud dans le secteur public » organisée début juillet par Eurocloud, dans le cadre de la Cloud Week Paris.

 

SPECIAL CLOUD WEEK PARIS : C'est de notoriété publique, toute réforme de l'administration pour améliorer le service rendu aux contribuables n'est guère aisée, surtout en France. L'introduction dans ses rangs de technologies ou services aussi disruptifs que le Cloud suscite une levée immédiate de boucliers et/ou une incompréhension. Un challenge qu'a pourtant pour mission de relever la Direction Interministérielle du Numérique et des Systèmes d'information et de communication (DINSIC, ex DISIC), qui était juste la direction des systèmes d'information (DSI) de l'État français avant 2011.

 

Intervenant lors de cette table ronde, Alain Merle, le directeur du programme «Transformation des centres informatiques» de cette organisation, a indiqué que le Gouvernement leur avait demandé de développer dès cette année une offre de Cloud privé interne pour les différents services publics français. « Trois plateformes sont en cours de construction grâce à un financement du Programme d'Investissements d'Avenir (PIA), piloté par le commissariat général à l'Investissement. L'Etat veut déployer une plate-forme de cloud hybride, sans externaliser pour autant les données personnelles de santé et celles provenant les impôts par exemple », a bien précisé Alain Merle. La Dinsic a déjà reçu une douzaine de réponses à l'appel d'offres, incluant ceux d'acteurs étrangers. L'une des principales contraintes est d'avoir deux data centers en France obligatoirement.

 

L'Etat se dote également d'une plate-forme de Cloud public externe pour héberger des applications agiles, du prototypage. Il a choisi l'offre Iaas de Cloudwatt, un opérateur de Cloud public « souverain » racheté par Orange Cloud for Business (OCB) début 2016, tout en y injectant des prérequis techniques afin d'améliorer la résilience de cette plate-forme Cloud. On l'aura compris, la DINSIC lancera le Iaas en premier, puis elle remontera vers l'applicatif avec le Paas, puis le Saas, grâce au choix d'une plate-forme compatible OpenStack, un standard open source.

Éric Blum, le vice-président technique au niveau EMEA de l'éditeur BMC, rappelle que l'Etat n'a pas à favoriser uniquement les solutions IT open source : « Contre qui l'Etat peut-il se retourner en cas de problèmes, surtout en comparaison avec des éditeurs de logiciels reconnus, qui ne vont pas prendre le risque de jouer avec leurs réputations... Il est facile de développer des applications en open source si l'on peut acheter des services pour les déployer, lesquels sont vendus chers ».

 

Comment l'Etat consomme-t-il ses ressources IT ?

Au-delà des considérations purement techniques, la Dinsic s'intéresse aussi aux différentes formes de consommation de l'IT dans le secteur public français. Elle étudie actuellement la façon dont « les ministères consomment les ressources IT sur leurs propres plate-formes IT, mais aussi sur celles des autres ministères impliquées dans un processus de décision. De tels échanges occasionnent des problèmes de compatibilité et d'interopérabilité entre leurs différents outils informatiques ». Bien évidemment, l'organisation en silos retranchés des ministères et services publics complexifie la mission de la Dinsic.

 

Pas simple de passer des marchés publics dans la Cloud

Sans parler du processus long et compliqué de passation des marchés d'Etat, non encore accessible à nombre de PME, pourtant nombreuses dans le Cloud. « Heureusement, le décret Valls de 2014 a placé le système d'information de l'Etat sous mon autorité et celle du directeur des systèmes d'information de l'Etat, organisation pilotée par M. Verdier qui a autorité pour donner son avis sur le SI et tous les projets IT de plus de 10 millions d'euros ». Les grands projets de plus de 10 ME bénéficient tous d'une gestion du portfolio du public et sur les gains escomptés en termes d'économies. Evalue le ROI et le service rendu évalués, puis suivi assuré par la Disic

 

Dans ses projets Cloud, Alain Merle a été aussi confronté, comme les administrations, aux achats à réaliser obligatoirement en mode Capex (dépenses en capital) - alors que les services Cloud favorisent le recours à l'Opex (dépenses d'exploitation) -, qui est un frein au développement du cloud dans le service public : « Cela a été un problème dans le cadre de la passation des appels d'offres pour nos solutions Cloud » reconnaît-il.

 

Pour Jean-Malo Pantin, le responsable du développement du Secteur Public chez HPE : « Le fait de s'interroger pour savoir comment acheter du « pay per use » dans le secteur public est une problématique structurante à l'heure d'une plus grande rationalisation des budgets IT ». Raison pour laquelle une centrale d'achat publique telle que l'Ugap réfléchit à la possibilité de vendre des services IT sous forme d'abonnements selon lui.

 

D'ailleurs, Alain Merle a donc été contraint de travailler avec la Direction du Budget pour évaluer la consommation des administrations en services Cloud. Et en les considérants désormais comme des comptes-clients capés, ils ont réussi à les rendre facturables à l'instar d'une consommation électrique classique. Chaque service public reçoit alors une facture correspondant à la somme exacte engagée.

 

L'un des autres intervenants, Stéphane Carpentier, le vice-président de Cirpack, a un peu douché ce bel optimisme en rappelant qu'en France, « On met des normes en place et on trouve très peu de personnes capables de les respecter et encore moins de sociétés capables de fournir les bons matériels exigés. Par exemple, la Directive Secure cloud demande d'avoir des équipements français, dont des pare-feux, ce qui n'existe plus sur le marché... ».

 

Une vingtaine d'expérimentations et deux projets-phares en cours de déploiement dans le Cloud

Afin d'éviter un échec, la Dinsic s'est donc armée de patience pour accompagner dès cette année les ministères et les directions métiers des services publics sur leurs premiers tests Cloud. Une vingtaine d'expérimentations et deux projets-phares sont en cours de déploiement, dont celui de France Visa, une plateforme Internet utilisée pour demander des visas, et celui de France Université, qui projette de mettre en ligne 300 cours universitaires (Mooc) sur une plate-forme de Cloud public.

« L'ambition de la Dinsic est d'atteindre rapidement 30% des projets publics à porter dans le Cloud » a précisé Alain Merle. Un challenge ambitieux. La DSI centralisée de l'Etat (Dinsic) n'emploie qu'une cinquantaine de personne pour sécuriser les grands projets IT, les mutualiser et pousser les référentiels applicables, dont celui de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi). Par comparaison, les multiples DSI du secteur public emploient elles plus de 12 000 personnes...

Un chiffre crucial quand on sait qu'il « existe un fossé important entre les exigences et les niveaux de salaires des ingénieurs OpenStack et ceux proposés par la fonction publique » a expliqué Éric Blum, le vice-président technique au niveau EMEA de l'éditeur BMC. Alain Merle lui a répondu que les DSI de l'Etat ont « besoin de recruter surtout des ingénieurs des systèmes d'information, et qu'elles n'ont pas latitude à embaucher de nouveaux ingénieurs ». La situation va se corser s’il doit les recruter avec le statut de fonctionnaire.

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