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L’État détaille son plan Cloud, qui contient du Cloud public !

publié le jeudi 05/07/2018

Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du Numérique, a dévoilé le 3 juillet la stratégie de Cloud hybride de l’État lors de la Cloud Week Paris. Surprise, son nouveau plan inclut l’utilisation du Cloud public pour les données publiques peu sensibles.

 

Le secrétaire d’État chargé du Numérique indique que chaque administration pourra choisir, en théorie, la solution Cloud qui lui convient le mieux parmi trois types de Cloud : privé, public et hybride. Chacune de ces offres tient compte des usages et de la sensibilité des données utilisées par les administrations et les entreprises publiques.

 

Trois offres de Cloud disponibles : privé, public et hybride

Elles auront tout d’abord accès à un Cloud privé très sécurisé, hébergé comme aujourd’hui dans les datacenters de l’administration, mais sur une base standardisée OpenStack, qui contiendra les données et applications sensibles des ministères. Il sera accessible depuis un portail interministériel commun.

Pour les données et applications de sensibilité moindre, certaines administrations seront autorisées à opter pour un « Cloud dédié » reposant sur une offre Cloud hybride externe et personnalisée pour les besoins de l’État. Les données seront hébergées dans des infrastructures dédiées et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) en supervisera la sécurité. Des briques de FranceConnect Plateforme y seront également pré-intégrées afin de simplifier les développements de services et d’applications. Ces administrations et collectivités auront alors accès à un catalogue d’offres et d’applications Cloud accessibles via internet, porté par des centrales d’achat public pour en faciliter la commande.

 

L’Etat consultera tous les leaders du Cloud public

Enfin, un petit nombre d’administrations pourront externaliser leurs services et applications peu sensibles dans du Cloud Public, « souverain » de préférence…  Ayant certainement en tête le flop de nos deux ex-Cloud souverains « à la Française », Mounir Mahjoubi a précisé que l’Etat conservera une certaine objectivité dans la passation des futurs appels d’offres pour l’achat des offres Cloud.

Répondant à une question sur le fait que l’Etat aurait intérêt à promouvoir OVH, l’un de nos principaux champions français et européens, Mounir Mahjoubi a précisé que « la France possède des champions du Cloud, dont OVH (…), et que les futurs appels d’offres seront ouverts. (…) Les critères de sélection s’effectueront en fonction de la qualité et de la sécurité des offres proposées, et non sur les lieux ou pays où la data sera conservée. (…) Le cloud ne doit pas être une prison dont les sociétés ne peuvent pas sortir ».

Autrement dit, les appels d’offres Cloud de l’Etat n’ont pas pour objectif d’empêcher les leaders mondiaux du Cloud public, majoritairement américains (Amazon AWS, Google, Microsoft, etc.), d’y répondre… Son ministère a également précisé que : « Pour favoriser un cadre de compétition équitable entre les offres cloud et l’informatique traditionnelle, des adaptations réglementaires seront réalisées, notamment pour le code du patrimoine, afin de pouvoir recourir à des offres cloud sécurisées avec un hébergement hors du territoire national. ».

 

Une vraie révolution pour l’Etat

Le recours au Cloud Public est une vraie révolution pour l’Etat, qui a toujours privilégié l’infogérance interne comme l’a rappelé Mounir Mahjoubi : «  L’Etat doit cataloguer les domaines où il doit tout maitriser de A à Z. Dans une ère pré-cloud, l'Etat a eu le culte de construire des salles blanches alors que le secteur privé gère parfois mieux l’hébergement des données. Le cloud est l’un des chantiers prioritaires de la transformation numérique de l’État. Grâce à la stratégie cloud de l’État, nous souhaitons encourager les acteurs publics à s’emparer du cloud et à s’appuyer sur son potentiel pour rendre un meilleur service public aux citoyens tout en gardant la maîtrise des données sensibles.»

 

Une tâche Herculéenne

Une mission digne d’Hercules surtout, tant il manque une cohérence – depuis des décennies - dans l’utilisation de l’outil informatique par les administrations, les ministères et les collectivités locales. Ces dernières l’utilisent sans aucune synergie, ni contrôle de gestion, ni tentatives de mutualisation de l’outil entre elles et avec les autres organisations publiques. Ce capharnaüm explique aussi pourquoi l’Etat est confronté aujourd’hui à une mosaïque d’offres IT, souvent en voie d’obsolescence rapide et non standardisées, composée de dizaines de datacenters vieillissants, le tout géré par près de 10.000 informaticiens et techniciens réparties dans des centaines de DSI, et dont les compétences devront être actualisées.

 

Henri Verdier, le directeur de la Disic (en photo), qui intervenait également lors de la Cloud Week Paris est resté très positif malgré l’ampleur du défi : « En qualité de DSI de l'Etat, je peux dire que l'Etat attaque une réforme ambitieuse pour favoriser l’utilisation du Cloud par tous ses services. L’une de nos priorités est de créer une interopérabilité massive entre les 12 DSI très silotées des ministères, sans parler de celles des collectivités locales… Notre ambition de transformer la France en un Etat Plateforme, où le développement des technologies sera commun à tous les ministères, et qui sera ouvert à la société civile.».

 

Avec quel budget ?

C’est là que le bât blesse. Transformer la France en un Etat Plateforme, mais aussi les usages et compétences des agents de l’Etat va coûter très cher. Mounir Mahjoubi évalue à 6 milliards la valeur du Numérique de l'Etat, chiffre incluant les applications, les infrastructures IT sur site et dans le Cloud. Et sans doute la formation de ses agents. « L’Etat ne peut pas faire d’économies sur ce poste car le Numérique nous permettra d’améliorer le service offert aux citoyens et d’optimiser nos investissements. Nos dépenses en Numérique sont d’ailleurs dans la moyenne haute des pays européens ».

Problème, l’Etat n’a pas encore vraiment débloqué les sommes nécessaires pour transformer la France en un Etat Plateforme. Le secrétaire d’État chargé du Numérique a peu communiqué sur les montants votés, ou en cours de l’être. Grâce à Henri Verdier, on a quand appris que « La DSI de l'Etat disposera d'un fonds de 26 ME pour amorcer la stratégie Cloud, pour au moins les 2 premières années. L'Etat a certes été un peu lent, mais l'Etat s'engage désormais à investir dans le Cloud. ».

 

Eurocloud affiche une confiance prudente

Francis Weill, le président d’Eurocloud, une association chargée de la promotion du Cloud en France et en Europe, a bien accueilli les annonces du ministre : « Il me semble que ce Gouvernement est plus à l'écoute sur les questions du Numérique que ses prédécesseurs. Toutefois, les problématiques du Cloud évoquées par le ministre Mounir Madjoubi avaient été déjà soulevées par les gouvernements précédents, mais qui n'ont rien fait ». Terminant sur une note optimiste, Francis Weill a déclaré : « Eurocloud étant la seule organisation professionnelle spécialisée dans le Cloud, nous allons saisir la main tendue par le ministre pour accompagner l'Etat dans son passage au Cloud. Nous allons rassembler d'autres associations pour en parler et lui faire des propositions ».

 

Olivier Bellin

bellin@channelbp.com,

#CBPMagazine, #BellinCBP, #GUIDECLOUD

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