IT BtoB European Collaborative Webzine for leaders

Intel : la pénurie de processeurs 14 nm se prolongera jusqu’à mi-2019

publié le vendredi 25/01/2019

La pénurie de processeurs Intel Core gravés en 14 nm, effective depuis septembre 2018, gène et mécontente de plus en plus les revendeurs et constructeurs de PC. D’autant que Bob Swan, le PDG d'Intel par interim ne promet aucun retour à la normal avant mi-2019. Orchestre-t-il cette pénurie avant d’introduire ses Ice Lake 10 nm mi-2019 ? Le fondeur a-t-il commis une erreur stratégique majeure qui profite à AMD, son challenger ?

 

(MAJ) Les ventes mondiales de PC ont reculé de 4.3% au quatrième trimestre 2018 par rapport à la même période de 2017 selon le cabinet d’études Gartner. En cause principalement, la pénurie de processeurs Core i3, i5 et i7 de huitième génération (Whiskey Lake et Amber Lake) gravés en 14 nm, qui dure chez Intel depuis la fin de l’été 2018… La récente disponibilité, dès fin janvier 2019 en théorie, des processeurs Intel Core i3, i5 et i7 de neuvième génération (Coffee Lake Refresh), livrés sans Igpu, ne devraient pas améliorer significativement la situation à court terme.

 

Le soufflé est retombé au quatrième trimestre 2018

Et les chiffres sont clairs. Le cabinet Gartner souligne qu’après des années de baisse ou de stagnation, le marché des PC semblait reparti à la hausse car il avait – enfin -enchaîné en 2018 deux trimestres consécutifs (T2 et T3) de hausse. Mais le soufflé est retombé au quatrième trimestre 2018. En cause notamment, l’absence de processeurs 14 nm de huitième génération disponibles en quantités suffisantes chez Intel et ses OEM.

 

Intel a été surpris par le redémarrage à la hausse du marché des PC

« Comme la plupart des acteurs du secteur des PC, Intel a été surpris par le redémarrage à la hausse du marché des PC dès le deuxième trimestre 2018 », explique Mikael Moreau, responsable de la Communication d’Intel en France. « Le groupe a augmenté aussitôt sa production de processeurs14nm, mais cela prend du temps pour résorber ce déficit. D’autant que cette première mesure s’est révélée insuffisante car la demande s’est avérée finalement à nouveau plus importante que ce que nous avions anticipé ». Victime du succès de ses processeurs Core, Intel a donc annoncé mi-décembre 2018 le démarrage de travaux pour augmenter la production des processeurs Core i5, 7 et 9 en 14nm (et en 10 nm) dans ses sites aux Etats-Unis (Oregon), en Israël et en Irlande. Cet investissement avoisinerait 1.5 Md$.

 

Dell, HP et Lenovo enregistrent des ventes de PC inférieures à leurs prévisions

Les constructeurs de PC ont souffert de cette situation. Bien que servis en priorité par Intel, les trois plus importants vendeurs de PC dans le monde - Dell, HP et Lenovo – déclarent enregistrer des ventes inférieures à leurs prévisions. Le segment Entreprise n’est pas épargné même s’il est lui aussi servi en priorité. Un paradoxe alors que les entreprises ont – enfin - démarré en 2018 leur migration vers Windows 10 et les ultra portables ! Seule consolation pour ses fournisseurs et leurs revendeurs, les prix des configurations sont repartis à la hausse.

 

Des commerciaux ont loupé leurs objectifs 2018

Certains revendeurs et constructeurs de PC se demandent maintenant s’il y a un pilote dans l’avion chez Intel, fondeur américain processeurs qui recherche toujours son PDG depuis 7 mois... En effet, ils ont de plus en plus de mal à calmer le mécontentement de leurs commerciaux qui, non content pour certains d’avoir loupé leurs objectifs fin 2018, ont compris désormais que la pénurie de processeurs Core i5 et i7 14 nm allait durer jusqu’au printemps 2019, et donc jusqu’au bouclage de leur année fiscale 2018-2019… Ils apprécieront qu’Intel n’ait pas répondu à nos interrogations sur la durée et les causes exactes de la pénurie.

 

Calmer et rassurer les clients mécontents… pour éviter de payer les indemnités de retard

A charge pour eux également de calmer et de rassurer les clients mécontents. A commencer par les grands comptes et les comptes publics qui patientent pour certains depuis plusieurs mois pour recevoir leurs centaines ou milliers de PC commandés. Inutile de dire que ces sociétés ne manqueront pas de rappeler aux détenteurs de ces appels d’offres que leurs contrats prévoient le paiement d’indemnités de retard… Même si ces grands comptes sont servis en priorité, cette pénurie risque donc de coûter cher aux revendeurs et constructeurs de PC à base Intel.

 

Trouver des « Plans B »…

Ils tentent donc de trouver des « Plans B » avec leurs revendeurs, surtout depuis qu’Intel leur a expliqué en janvier 2019 qu’ils ne doivent pas s’attendre à un retour à la normal sur les Core i5 et i7 14 nm avant le printemps a minima. Leurs commerciaux ont tout tenté pour réaliser leurs objectifs. Sans grand succès pour l’instant. Par exemple, ils ont essayé de convaincre leurs plus gros clients de passer aux PC portables en 13 pouces, lesquels sont moins impactés par la pénurie de processeurs Core i3 et i5 de huitième génération. Une démarche peu couronnée de succès car les entreprises plébiscitent les PC portables en 14 pouces, un format plus polyvalent et adapté à leurs différentes applications.

 

…y compris avec AMD

Des fournisseurs et revendeurs ont même tenté de leur vendre des PC équipés du Chrome ARM, voir du bon vieux Pentium ! Plus sérieusement, un nombre croissant de revendeurs ont préconisé des configurations à base de processeurs 10 nm AMD dernier cri, le Ryzen. « Peine perdue tant le concurrent d’Intel souffre d’un important déficit d’image dans le monde des PC Entreprise et du haut de gamme. Pourtant, AMD a rattrapé son retard technologique sur Intel, surtout avec ses processeurs gravés en 12 et 10 nm, qui eux sont déjà disponibles », nous explique le responsable commercial d’un important revendeur IT.

Lui et plusieurs de ses confrères  déplorent l’absence de mobilisation suffisante d’AMD sur le front alors que la pénurie actuelle chez Intel pourrait largement lui profiter… Cela dit, soyons honnête, une majorité d’entre eux ne pensaient même pas qu’AMD puisse être une alternative crédible avant cette pénurie. Y compris depuis le succès des processeurs 10 nm Ryzen d’AMD. Mais désormais, certains fournisseurs, dont HPE et Lenovo, lui promettent un bel avenir surtout si la pénurie sur les Intel Core gravés en 14 nm s’éternise.

 

AMD sort du bois sur le marché Entreprise

Et ils ont raison car AMD multiplie les initiatives depuis 2018 pour séduire les acheteurs sur le segment Entreprise. Avec un certain succès comme l’explique Eric Jeanmougin, directeur d’AMD France et MEA : « Le quatrième trimestre a été le plus important de 2018 pour AMD en France car nous avons gagné beaucoup de marchés publics et de grands comptes livrables également en 2019. Ces marchés concernent quelques centaines ou milliers d’unités à chaque fois. La pénurie de processeur chez la concurrence a aidé les entreprises à prendre conscience des performances de nos processeurs 10 nm Ryzen ».

Résultat, AMD embauche des commerciaux en France pour poursuivre sa percée en 2019, avec l’aide de ses revendeurs. En outre, HP et Lenovo, ses deux principaux fournisseurs, auraient également prévu d’augmenter cette année le nombre de plateformes commercialisées sur la base du processeur AMD Ryzen en 10 nm, voir en... 7 nm, une nouveauté qu’AMD devrait introduire à l’automne 2019.

 

Qu’est-ce que les revendeurs et constructeurs de PC reprochent à Intel ?

Tout d’abord, le manque d’anticipation de la demande pour sa huitième génération de processeurs Intel Core 10 nm et son incapacité à fournir suffisamment de visibilité à ses partenaires en période de crise. « Les processeurs Intel arrivent par vagues, puis plus rien. Nous souffrons depuis des mois de la linéarité des livraisons et du refus d’Intel de communiquer au départ de la pénurie. Dans ces conditions, impossible de bien communiquer vis-à-vis des clients et revendeurs en amont », explique un important constructeur de PC.

Certes, bien qu’impactés par cette crise, les trois plus importants constructeurs de PC dans le monde - Dell, HP et Lenovo – l’ont été beaucoup moins que leurs concurrents. Mais eux aussi regrettent qu’Intel ait, sans surprise, fabriqué en priorité les processeurs destinés aux marchés les plus rentables pour lui, dont ceux des serveurs et des datacenters, alors que le segment des PC portables renouait lui avec une croissance plus soutenue. Cette stratégie a ses limites car même son Core i9-9980XE, un processeur 18 cœurs à 2 000 € est lui aussi quasiment introuvable chez les OEM de baies convergées…

Enfin, revendeurs et constructeurs de PC regrettent aussi unanimement qu’Intel, leur fournisseur de référence, se soit fait doubler sur le plan technologique par son challenger historique. D’autant que le fondeur leur fait miroiter la sortie de son processeur 10 nm depuis… 2016.

 

14 nm, la génération sacrifiée ? 

Intel a pourtant respecté en partie ses engagements à leurs égards en 2018. A défaut de passer - enfin - à la gravure de ses processeurs en 10 nm tant promise, Intel a effectivement augmenté les performances de ses processeurs 14 nm (Whiskey Lake et Amber Lake), tout en abaissant significativement leur consommation et en portant l’autonomie des PC portables à environ 15 heures. Idem sur sa nouvelle neuvième génération annoncée en janvier 2019.

Toutefois, l’architecture 10 nm d’Intel semble encore plus prometteuse. Elle est très attendue par les fabricants de PC et serveurs pour dynamiser leurs ventes de manière durable. D’où leur frustration actuelle. La densité en transistors du nouveau processeur Intel Ice Lake, qui devrait sortir dès mi-2019, représenterait un bond d’un facteur de 2.7 par rapport à l’actuel 14 nm. Intel pourrait y intégrer environ 100 millions de transistors par mm², soit quelques 12 milliards de transistors par processeur de nouvelle génération !

 

Intel prend-t-il des risques de continuer à jouer la montre ?

Au final, que risque Intel à jouer un peu plus la montre, même au détriment des constructeurs de PC, pour introduire ses coûteux processeurs 10 nm dans des conditions financières favorables possibles pour lui ? Pas grand-chose. L’excellence de ses produits n’est pas remise en cause. Les clients n’ont pas migré massivement vers AMD ou un autre de ses challengers. La preuve, les revenus d’Intel sur les chips PC de sa division Client Computing ont progressé au quatrième trimestre 2018 de 10% pour s’établir à 9.82 Md$. Selon certains analystes, son chiffre d’affaires aurait même pu dépasser facilement les 10 Md$ s’il n’y avait pas eu de pénurie. Et les ventes mondiales de PC n’auraient alors sans doute pas reculé de 4.3% au quatrième trimestre 2018.

 

Pour autant, même si Intel ne redoute pas une chute brutale de ses colossales parts de marché accumulées en 50 ans, il n’est jamais bon pour les affaires de faire douter ses clients et partenaires sur sa capacité à délivrer ses innovations. D’autant qu’AMD leur a démontré en 2018 que ses processeurs Ryzen sont désormais des alternatives plus que crédibles aux Intel Core.

 

Olivier Bellin

bellin@channelbp.com,

#CBPMagazine, #channelbp.com, #CBP, #Bellin, #BellinCBP, #GUIDECLOUD, #DATACLOUDADVISOR

Moyenne: 5 (2 votes)
Réseaux sociaux :
Twitter Facebook Google LinkedIn

Autres articles sur le même sujet :

Mots clefs :