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Equinix innove pour financer ses nouveaux datacenters hyperscales en Europe

publié le lundi 26/08/2019

Le leader mondial de la colocation neutre continue d’investir en Ile-de-France. Il y ouvre encore plusieurs nouveaux grands datacenters, dont le PA8 dédié aux Gafam. Et malgré sa dette importante, il jouit d’une capitalisation boursière énorme et de la confiance des marchés, surtout après 66 trimestres consécutifs de croissance. Pour preuve, la signature cet été d’un partenariat avec le fonds singapourien GIC qui cofinancera ses nouveaux datacenters en Europe.

 

Magazine CBP (www.channelbp.com) : Equinix prévoit-il de renforcer son implantation en France ? Y avez-vous enfin des concurrents sérieux ?

Régis Castagné, directeur général pour l’Europe du sud d’Equinix, un hébergeur américain qui est le leader mondial de la colocation neutre  : Un concurrent est toujours sérieux. Mais Equinix reste, et de loin, le numéro un du marché français de la colocation, encore plus depuis l'ouverture cette année à Pantin de notre huitième datacenter (PA8). Il est d’ailleurs déjà quasiment plein. Equinix travaille d’ores et déjà à d’autres projets d’extension en Ile-de-France. Le groupe continue d’investir sur Paris, ville qui fait partie pour Equinix des « FLAP » (Francfort, Londres, Amsterdam et Paris). Ces dernières représentent une grande partie de notre chiffre d’affaires sur la zone EMEA. En résumé, la France fait partie des pays stratégiques dans une zone Europe en fort développement chez Equinix.

 

Que pensez-vous des xième nouveaux projets de Cloud souverain en France ? Y voyez-vous une opportunité pour Equinix ?

L’une des raisons pour laquelle l'Allemagne était un marché encore plus attractif dans le Cloud que la France résidait dans sa politique poussée en matière de souveraineté des données. C’est donc une bonne chose si la France développe une politique similaire. Quant à Equinix, nous sommes un hébergeur neutre et n’avons aucune visibilité sur les données de nos clients. Nous sommes donc un acteur légitime pour héberger du Cloud souverain même si Equinix est un acteur d'origine américaine. Je rappelle que le groupe a déjà investi près de 1 Md$ en France et y a créé plus de 200 emplois.

 

Comment le marché de la colocation neutre évolue-t-il en France et en Europe ? Pas de ralentissement de sa croissance en perspective pour 2020 ?

Je ne vois pas de ralentissement sur le marché de la colocation neutre. Bien au contraire. Il y a des tendances technologiques globales, comme l'intelligence artificielle (IA), l'Internet des Objets (IOT), le Cloud, le Big Data et l'Analytique, qui dopent la croissance des leaders du marché des datacenters, dont Equinix notamment. Les opérateurs de services Cloud sont toujours dans des phases d'expansion importantes. D'autant que 70 à 80% des données des entreprises sont encore stockées dans leurs propres datacenters dans le monde.

 

Comment ces nouvelles tendances technologiques impactent-elles le marché de la colocation neutre ?

Ces technologies créent des volumes de données très importants qu’il faut héberger de manière très sécurisée. Il est donc préférable de les héberger dans des datacenters hyperconnectés comme ceux d'Equinix, où les écosystèmes se rencontrent et échangent autour de data lakes qui agrègent leurs données. Un tel niveau d'interconnexion ne peut s'effectuer que dans des datacenters regroupant de nombreux clients. Je rappelle aussi que 58% des entreprises utilisant les réseaux Direct Connect d’AWS et Express Route de Microsoft transitent via nos datacenters au niveau mondial.

 

Pourquoi Equinix a-t-il démarré la construction de grands datacenters [BG1] uniquement pour les hyperscalers et les Gafam ? Veut-il capter ce marché et inciter tous les hyper scalers à renoncer à leurs projets de créer leurs propres datacenters ?

Si les Gafam sont devenus parmi les clients les plus importants d'Equinix, leurs exigences sont encore plus importantes que ceux de notre pôle Entreprises, qui constituent pourtant la richesse de nos écosystèmes. Ce sont des consommateurs de capacité d'hébergement et de connectivité très importante. L'unité de base est le Megawatt (MW). Equinix France a déjà la chance de disposer à Pantin du PA8, un nouveau datacenter dédié aux Hyperscalers et offrant une puissance totale de 14 MW sur 7000 m². Comme ce type d’installations est trop rare en Europe pour bien servir des clients comme les Gafam, Equinix développe une stratégie de joint-venture avec des fonds afin de financer la création de grands datacenters offrant une densité électrique minimum de 10 Kva, contre seulement 3 à 4 Kva pour les entreprises.

 

Les services de connectivité (ECX, IX) de vos datacenters seront-ils des relais de croissance pour Equinix en 2020 ?

Si l'interconnexion dans nos datacenters reste une petite partie du chiffre d'affaires d’Equinix, elle impacte fortement la décision des clients de choisir nos installations dans le monde, car tous sont interconnectés désormais. C'est aussi un facteur différenciateur important par rapport à nos concurrents, qui ne disposent ni du niveau de connectivité de nos datacenters, ni de notre surface d’hébergement totale dans le monde, et encore moins de la diversité des écosystèmes que nous y rassemblons.

 

Comment Equinix (REIT) parvient-il à financer la construction, rien qu'en 2019, de 12 nouveaux datacenters dans le monde ? Uniquement par la dette à nouveau ?

Pas uniquement par la dette car Equinix réinvestit toujours une grande partie de ses profits dans la construction de nouveaux datacenters. Nous en avons 202 dans le monde actuellement. Et depuis le doublement de la valeur d’Equinix en bourse, le groupe dispose également de lignes de crédits importantes. Surtout à la suite de la signature en 2019 d'un premier joint-venture avec GIC, fonds singapourien qui augmente nos capacités d'emprunt grâce à un niveau d'accès à l’argent plus avantageux. C'est une arme stratégique importante pour Equinix, surtout dans un marché aussi capitalistique que le nôtre. Equinix est aussi la seule entreprise américaine du SP 500 à enregistrer 66 trimestres consécutifs de croissance. Résultat, notre capitalisation boursière est désormais supérieure à celle d'un EDF ou d'un Renault ! En résumé, la taille critique et la solidité financière d’Equinix rassurent les clients.

 

Pourquoi Equinix a-t-il conclu cet été un accord financier avec le fonds singapourien GIC pour accélérer son implantation en Europe ?

GIC est le premier acteur financier à signer ce type d'accord hors bilan avec Equinix. Ce montage financier est pourtant classique dans d'autres industries. Notre joint-venture permet à Equinix de rééquilibrer son ratio d'investissement versus son chiffre d’affaires et sa dette afin de rassurer le marché sur notre capacité financière. Cet accord n'entre d’ailleurs pas dans le bilan du groupe, ni ne le dégrade potentiellement. Il ne change rien non plus au positionnement d'Equinix, dont il dopera la croissance.

 

Ce type de joint-venture concerne-t-il également la construction de vos nouveaux datacenters IBX dans d’autres régions du monde ?

Non. Il ne concerne que l'Europe, et la France notamment. Toutefois, Equinix peut décider de l'étendre à d'autres régions pour doper sa croissance au niveau mondial. D'ailleurs, d’autres accords de ce type pourraient apparaître car le marché est demandeur. En outre, Equinix sait désormais comment dupliquer le mécanisme. Par nature, Equinix est précurseur sur beaucoup de marchés. Par exemple, nos investissements en R&D sont largement supérieurs à ceux de nos 5 principaux concurrents directs.

 

En 2020, Equinix (REIT) poursuivra-t-il ses acquisitions, en Europe notamment, à un rythme aussi soutenu qu'en 2018 et 2019 ?

Equinix poursuit son expansion géographique dans les 52 régions dans le monde. Nous sommes déjà partout où les données sont disponibles en quantité conséquente. Nos acquisitions seront donc désormais plus ciblées. L’objectif étant d’améliorer la présence d’Equinix dans certains pays où nous n'avons pas encore atteint une taille critique.

 

Malgré la multitude d'acquisitions et l'ouverture de nombreux datacenters ces dernières années, Equinix redoute-t-il d'être détrôné un jour de sa position de leader mondial indépendant de la colocation neutre ?

Même si nous disposons d’une avance confortable sur nos concurrents immédiats, Equinix ne néglige aucune hypothèse car nous sommes très pragmatiques. Cette attitude nous encourage à investir toujours davantage dans notre transformation afin de ne pas se faire « disrupter ». Etant basés en Californie, nous sommes bien placés pour sentir les évolutions du marché IT.

 

Comment évolue votre stratégie channel en France et en Europe ?

Equinix réalise environ 25% de son chiffre d’affaires en indirect. Ce pourcentage continue d’augmenter d'une année sur l'autre grâce à notre approche commerciale « Channel ready ». Nous continuons à recruter des partenaires même si Equinix ne cherche pas de revendeur d’offres de colocation au sens littéral du terme.

 

Avec quels types de partenaires Equinix travaille-t-il en France ?

Equinix collabore avec de grands intégrateurs IT tels qu’Econocom, Linkbynet, ou encore SCC, qui sont des clients historiques, mais également avec des ESN comme CapGemini, Sopra, etc. Leurs clients ont besoin d'accompagnement pour migrer et héberger leurs infrastructures IT dans des environnements sécurisés. Equinix propose donc à ses partenaires d’intégrer nos offres industrialisées en matière d'hébergement connecté comme la brique d'une solution beaucoup plus globale.

 

Pourquoi avoir nommé cet été Florence Grégoire comme responsable des Alliances stratégiques chez Equinix France ?

Sa nomination s'inscrit dans une stratégie globale démarrée il y a 3 ans par Equinix afin d’accélérer nos investissements dans le channel. Par exemple, nous avons créé un pôle dont les équipes dédiées gèrent nos alliances stratégiques avec les grands acteurs du Cloud (Amazon, Microsoft, etc.). Les résultats sont bons car ces grands acteurs travaillent davantage avec Equinix. Ils ont compris que le développement du Cloud au plan mondial est limité par les moyens d'interconnexion.

 

Olivier Bellin

bellin@channelbp.com,

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