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En sursis, Surcouf va-t-il trouver un repreneur ?

publié le lundi 10/09/2012

Placé en redressement judiciaire le 29 février 2011, Surcouf n’a pas trouvé de repreneur en août. A la demande d’Hugues Mulliez, son très influent PDG nordiste, le Tribunal de Commerce de Lille a décidé début août de repousser au 28 février 2013 la période d’observation de cette chaîne de magasins IT. Moins chanceux, d’autres revendeurs IT ont été liquidés à la fin de la première période, faute de repreneurs…

 

Reste à savoir si ce ballon d’oxygène supplémentaire permettra à Surcouf de trouver plus facilement un éventuel repreneur pour tout ou partie de ses six magasins restants. Hugues Mulliez a tenté d’en vendre la moitié dès avril dernier, puis la totalité cet été, mais en vain pour l’instant. La question qui se pose est : qui a les reins assez solides pour reprendre et développer une affaire où l’héritier du groupe Mulliez (Auchan, Boulanger, GrosBill.com, etc.) a échoué, mais aussi son principal rival nordiste, le groupe PPR (Pinault-Printemps-La Redoute) ? Rappelons que ce dernier, l’actuel propriétaire de La Fnac notamment, avait vendu Surcouf à la galaxie Mulliez en 2009.

 

Le contexte macro-économique ne favorise pas l’émergence d’un repreneur

La réponse ? Non, a priori. Selon plusieurs dirigeants de revendeurs IT interrogés, il est peu probable qu’un acteur français soit prêt à reprendre Surcouf actuellement, s’il doit en payer le prix fort. Mais même à la barre, la question se pose encore. En effet, le groupe est non seulement toujours déficitaire et sans chiffre d’affaires récurrent prévisible. De plus, la conjoncture macro-économique ne s’améliore pas, dans le retail IT notamment.

La disparition cet été de plusieurs enseignes IT grand public, dont les magasins Apple du groupe Ebizcuss-ICLG, - qui n’a trouvé aucun repreneur ! -, ont refroidi les investisseurs potentiels. De plus, chacun sait que les banques ne sont pas très prêteuses actuellement, surtout quand un groupe ne présente pas toutes les garanties usuelles, habituellement plus que suffisantes en temps économique normal…

D’autant que fort du succès d’Apple, un nombre croissant de fournisseurs IT, Microsoft dernièrement avec sa tablette Surface, ne cachent plus leur intention d’adresser parfois les clients finaux en direct, via Internet ou des boutiques en propre. De plus, contrairement à Auchan, qui possède les enseignes GrosBill, Boulanger, etc., ses principaux rivaux français de la grande distribution alimentaire (GDA) - Carrefour, Casino, Leclerc, etc. - ne semblent pas désireux de se verticaliser pour adresser le marché IT grand public. Le marché français n’est de toute façon pas une priorité pour la plupart d’entre eux, car ils sont déjà bien occupés à améliorer leurs rentabilités respectives et à développer leurs magasins dans les pays émergents.

 

Le salut viendra-t-il de l’étranger ?

Quant à un éventuel investisseur étranger, ce type de candidature reste du domaine du possible. Mais là encore, pourra-t-il faire mieux que les deux principaux leaders français du retail électronique grand public, qui disposent de puissants back offices, du soutien des banques, de la confiance des fournisseurs, etc. ? D’autant que ce repreneur sera aussi confronté à des syndicats maison, très remontés après les nombreux licenciements, et à une législation du travail plus stricte que dans d’autres pays européens. Ce qui l’empêchera sans doute de réorganiser rapidement le groupe à sa façon.

Il faudrait des acteurs du calibre de l’américain Amazon ou du britannique Dixons pour être crédible sur une telle reprise. Or, Dixons a préféré racheté en août les parts qui lui manquaient chez Pixmania, un e-commerçant concurrent de Surcouf, qui possède en outre une vingtaine de magasins en Europe. Quant à Amazon, le leader mondial de la vente sur Internet, il a investi massivement cet été dans sa logistique en Bourgogne. Ces deux annonces montrent que les investisseurs potentiels ne semblent pas désireux d’investir uniquement dans des magasins IT multi marques en dur, surtout quand l’e-commerce connaît un succès aussi retentissant en France et en Europe. Et que le succès des Apple Stores – fers de lance dans la vente directe d’Apple - fait des émules, on l’a vu,  chez des concurrents tels que Microsoft, Samsung ou encore Sony par exemple.

 

Un dossier tant économique que politique ?

La politique s’est-elle invitée dans le dossier Surcouf ? Cette enseigne aurait-elle obtenu ce ballon d’oxygène supplémentaire sous l’ancien Gouvernement ? Rappelons que le siège de Surcouf est à Lille, le bastion de la galaxie Mulliez, qui est aussi la ville gouvernée par Martine Aubry, l’actuelle première secrétaire du Parti Socialiste (PS). Or, la virulence de ses récentes attaques et de celles des autres leaders du Gouvernement contre les dirigeants d’entreprises privées, contraints de licencier quand ils sont en difficulté (Peugeot, Doux, etc.), peuvent aussi inquiéter des investisseurs potentiels.

Car le ou les repreneurs seront sans doute obligés d’effectuer des choix difficiles – des licenciements peut-être – pour assurer la survie du groupe. Or, dans le contexte macro-économique et politique actuels, il y a peu de chance que le Tribunal de Commerce de Lille accepte un projet de reprise pas assez « social » au goût des Politiques en vue du moment. Moins chanceux, d’autres revendeurs IT (Ebizcuss, Infolution, Neyrial Grand Est, etc.) ont eux été liquidés à la fin de la première période de redressement, quand ils en ont eu une, faute de repreneurs…, ou de soutiens politiques suffisants. Espérons que cette Surcouf sortira par le haut de cette posture délicate.

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