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Cloud : Oracle peut-il rivaliser avec Amazon Web Services ?

publié le jeudi 05/04/2018

Fin mars, Larry Ellison, le directeur technique et président fondateur d’Oracle, annonçait une base de données « autonome » pour concurrencer Amazon Web Services. Le leader des bases de données peut-il vraiment rivaliser avec celui des offres d’infrastructures IT vendues comme des services (Iaas) dans le Cloud public ?

 

Non. Oracle en est loin pour l’heure. Cette déclaration de guerre paraît même irréaliste, voire stérile, tant ces deux acteurs sont positionnés sur des créneaux assez différents dans le Cloud. Ce qu’a reconnu fin mars le président d’Oracle, un tantinet méprisant : « Oracle planifie et se différencie d'Amazon en offrant une gamme complète de services de plate-forme qui sont à un niveau supérieur à celui des infrastructures de bas niveau... ».

Mais Larry Ellison a expliqué dans la foulée que son groupe prépare de nouvelles offres Cloud innovantes pour concurrencer quand même AWS : « Oracle sera en mesure de fournir des services Paas essentiels à des niveaux de performance et sécurité et sophistication qu'Amazon ne peut pas approcher ... Nous pouvons rendre nos systèmes informatiques beaucoup plus sûrs grâce à la détection intelligente et automatisée des anomalies ».

 

Oracle lance une nouvelle base de données « autonome » dans le Cloud

Oracle a toujours affirmé que le talon d’Achille d’AWS réside dans son expertise perfectible dans le domaine de la création, du déploiement et du support des bases de données, qui sont pourtant au cœur des couches basses des services Saas et Paas. Ce n’est donc pas un hasard si l’éditeur a annoncé la sortie ce printemps d’une base de données autonome dans le Cloud, ainsi que des services Paas totalement… automatisées.

Et comme cette base de données basée sur l’offre Oracle Database 18 ne nécessite, a priori, aucune intervention humaine pour sa configuration et son administration, ces nouvelles offres pourraient déclencher une nouvelle vague de licenciements chez Oracle, ses clients et ses… partenaires.

 

Les ventes des offres Cloud d’Oracle progressent moins vite que prévu

Oracle met donc tout en œuvre pour tenter, sans tarder, de convaincre ses actionnaires, clients et revendeurs de la pertinence de sa stratégie Cloud. Peut-on le prendre au sérieux Larry Ellison lorsqu’il dit pouvoir battre AWS sur son terrain grâce à ces nouveaux services Cloud ? Pas sûr. Certes, ces annonces produit paraissent prometteuses, mais elles doivent faire leurs preuves.

En outre, même si les ventes des offres Saas et Paas d’Oracle progressent, elles ne font pas encore d’étincelles. Mi-mars 2018, l’éditeur annonçait une progression de 32% de ses revenus Cloud à 1.57 Md$... et une perte nette de 4 Md$ pour son troisième trimestre fiscal 2017-2018, clôt fin février 2018. Pour le suivant, Oracle ne promettait aux analystes boursiers qu’une progression de 23% de ses ventes Cloud.

 

Forte chute du cours de l’action d’Oracle

Les analystes boursiers ont aussitôt considéré cette annonce comme une stagnation, voire un recul de ses ventes de produits et services Cloud en 2017. Fascinés par les bons résultats fin 2017 dans le Cloud public de ses rivaux, Microsoft et AWS, les experts financiers américains n’ont même pas retenu les 33% de croissance sur le trimestre des revenus Saas d’Oracle à 1.15 Md$, ni même les 28% de croissance, à 415 M$, de ses revenus Paas. Pourtant, les ventes Cloud d’Oracle sont plus dynamiques que celles de ses licences, qui ont reculé de 2% sur son troisième trimestre fiscal 2017 par rapport à la même période de 2016.

L’action Oracle a donc chuté de 11% à presque 46 dollars, avant de remonter ensuite au-dessus des 50 dollars. La plus forte chute en bourse d’Oracle depuis près de six ans selon l’agence financière Bloomberg ! Son action pourrait encore reculer cette année si Oracle n’adapte pas effectivement son offre Saas aux vraies attentes des entreprises.

 

Vers une migration dans le Cloud à marche forcée ?

Pour l’heure, Oracle incite régulièrement, mais tranquillement, ses clients Licences à migrer vers le Cloud. Sa pression commerciale pourrait cependant augmenter rapidement compte-tenu de celle que cet éditeur subit en bourse. Les équipes juridique / audit d'Oracle pourrait débarquer un jour chez les clients Licences et leur réclamer des millions de dollars, en affirmant que le client n'est plus conforme… avec la nouvelle offre (Cloud).

Ce scénario se produit généralement chez les éditeurs quand ils modifient les conditions de licence. Par exemple, en affirmant que la virtualisation signifie que le client Oracle doit détenir une licence sur l'ensemble du centre de données ou doubler le coût de la licence s'il ne s'exécute pas sur Oracle Cloud. Problème, ses clients ont compris, grâce au Cloud, que la concurrence dispose également de logiciels parfois meilleurs que ceux d’Oracle désormais.

 

Rappelons que la situation que traverse Oracle n’est pas un cas isolé. IBM, l’un des autres grands acteurs historiques de l’IT, a vu son cours de bourse chuter de 25 à 35% durant ces cinq dernières années. Il faut dire qu’il a enregistré lui 22 trimestres consécutifs de baisse de ses revenus dans le cadre de sa stratégie de diversification vers de nouvelles technologies IT (Cloud, Intelligence Artificielle, IOT, etc.). Sans grand succès dans le Cloud apparemment. Pour l’instant.

 

Olivier Bellin

bellin@channelbp.com

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