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Cinov IT commente le futur rapprochement entre le Syntec Numérique et l'Afdel

publié le mardi 08/04/2014

Essayer de fédérer les forces en présence constitue sur le fond une idée intéressante si elle permet une action plus efficace, d’autant que les pouvoirs publics ont toujours voulu réduire le nombre de leurs interlocuteurs. Mais encore faut-il que tout le monde y trouve son compte !

 

Le monde numérique en France est très hétérogène et très éclaté, représenté par une myriade d’associations métiers ou régionales, par des dizaines de clusters, par 2 syndicats représentatifs au niveau paritaire : Syntec Numérique (MEDEF) et Cinov-IT (CGPME). Syntec Numérique représente les grosses entreprises du numérique et l’Afdel un métier qui comporte beaucoup de petites entités au côté de quelques grosses. Cette multitude associative illustre assez bien finalement la population d’entreprises du secteur : 20 000 entreprises environ dont 92% comptent moins de 10 salariés, 60% en Ile de France et 40% en régions.

 

Qu’apporterait un Bitkom à la française ?

S’il est effectivement souhaitable, voire nécessaire de mieux fédérer ces acteurs afin d’être plus efficace dans les politiques menées, qu’apporterait un Bitkom à la française (qu’il soit fédération ou non ne sera que le résultat d’une guerre des égos très classique) ? En effet, la population d’entreprises en Allemagne est très différente : le pays compte beaucoup plus d’entreprises de taille moyenne (ETI) qu’en France, il existe une bien meilleure collaboration entre acteurs de tailles différentes (intelligence collective et logique de cotraitance, meilleure prise en compte de la spécificité des indépendants  (accès aux marchés) : la situation en France et celle en Allemagne ne sont donc pas tout à fait comparables, sur ce sujet comme sur d’autres.

Une fédération des acteurs du numérique serait utile pour mieux porter les politiques nécessaires à la transition (ou transformation) numérique de la France qui tarde beaucoup à se concrétiser. Il existe donc bien des sujets sur lesquels grandes entreprises et petites peuvent s’entendre et travailler de concert sur des projets et actions communes.

 

Les problématiques des TPE PME restent différentes

Mais au-delà de ces grands sujets, les problématiques des TPE PME restent différentes de celles d’entreprises plus grandes et il n’est pas certain que ces problématiques soient correctement traitées par des entités où les principaux adhérents sont des « mastodontes numériques ».

  • Les TPE PME peinent aujourd’hui encore à accéder aux marchés (publics et privés), notamment par des conditions de référencement inadaptées chez les donneurs d’ordre
  • Les TPE PME et indépendants accèdent aux marchés essentiellement via la sous-traitance à des tarifs ne leur permettant pas de développer leur entreprise et de rassurer leur banque (mais c’est un autre sujet)
  • Pour ce qui est des délais de paiement, il reste encore bien des choses à régler pour que l’on puisse parler de bonnes pratiques en la matière : les TPE PME sont souvent pourvoyeurs de crédit forcés pour les donneurs d’ordre (ce qui est par exemple loin d’être le cas en Allemagne)

Cinov-IT focalise depuis plusieurs années ses actions sur ces sujets, parce c’est là un enjeu essentiel pour les TPE-PME, mais peine encore à être entendu.

Cinov-IT est le représentant des petites entreprises, leurs intérêts ne sont pas toujours les mêmes que ceux des grosses ni leurs modes d’appréhension des problèmes du marché, certaines de nos démarches ont même été dans le passé en opposition, aussi on ne voit pas comment ce rapprochement pourrait être bénéfique en tout point pour les PME, TPE et indépendants que nous représentons.

 

Il serait fastidieux de citer les exemples de mise en place d’actions ou d’instances sur le thème du numérique d’où les représentants des TPE PME et indépendants sont simplement « oubliés » malgré l’insistance des discours politiques concernant l’importance des TPE PME (quid de la place des TPE PME et indépendants dans les actions lancées ?).

 

Une solution aux problèmes des PME ?

Une fédération du numérique, ou quel que soit son statut, qui se positionnerait comme le seul acteur du secteur (ce qui est déjà la tendance pour les 2 acteurs en phase de rapprochement), risque d’accentuer ce phénomène au lieu de le résoudre : nous n’avons par ailleurs jamais été approchés pour rejoindre cette future fédération…

 

S’il s’agit de s’allier pour engager des combats communs, oui, mais on le fait déjà, on n’a donc pas besoin d’une énième organisation à cet effet ; s’il s’agit de fusionner pour paraitre plus gros, non car les PME y laisseront leurs intérêts en premier.  Comment les PME et TPE feront-elles entendre leur voix si elles sont noyées au sein d’une énorme structure qui serait prise en main par les gros, car ne nous y trompons pas c’est ce qui se passera à terme ?

 

En conclusion, un regroupement des acteurs du numérique est souhaité, souhaitable, mais pas n’importe comment ; il doit se faire en respectant les spécificités de chacun, avec toute l’ouverture nécessaire à cette prise en compte, dans un esprit consensuel.

 

Marie Prat, vice-présidente du Cinov-IT

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