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BSA, le lobby des logiciels IT, tacle la politique Cloud de la France

publié le mercredi 07/03/2018

La France ne se classe que huitième sur 24 pays, perdant 3 places, dans l’édition 2018 du “Global Cloud Computing Scorecard”, un classement réalisé par BSA (Business Software Alliance), le lobby des éditeurs de logiciels IT.

 

La France occupe la huitième place de cette édition 2018, juste devant l’Italie, sur 24 économies informatiques leaders analysées dans ce rapport mondial. Ce document base son classement sur le niveau de préparation des pays à l’adoption et à la croissance des services Cloud.

 

Pourquoi la France perd 3 places ?

Notre pays perd trois places par rapport au classement de 2016. BSA (Business Software Alliance), y voit « un signe que l’environnement législatif et réglementaire du Cloud Computing en France reste inchangé ». Rien d’étonnant que le lobby mondial des éditeurs de logiciels reproche – à nouveau -  à la France une complexité administrative qui nuit à ses réels efforts de promotion du Cloud. Dans le même temps, BSA reconnaît que « La différence mineure dans la position de la France dans le classement - un glissement de la cinquième place à la huitième - est basée sur le rééquilibrage de la méthodologie Scorecard ». Cette double explication interpelle…

 

Absence de politique ou de stratégie gouvernementale claire ou globale sur le cloud computing

Ce lobby enfonce le clou(d) : « Il n'existe pas de politique ou de stratégie gouvernementale claire ou globale sur le cloud computing en France, bien que la France ait beaucoup investi (via le fonds souverain français) pour soutenir plusieurs fournisseurs de services cloud locaux ». Les fameux « Clouds souverains à la Française ». Les organisations professionnelles de l’IT en France, dont Syntec Numérique, Tech In France, mais aussi Eurocloud, association qui s’est donnée pour mission de promouvoir le Cloud dans l’Hexagone, apprécieront cette analyse…

Henry-Michel Rozenblum, délégué général d’Eurocloud, tient d’ailleurs à la relativiser : « Le gouvernement en place depuis mai 2017 attache beaucoup plus d’importance au Cloud Computing que ceux qui l’ont précédé. Si rien ne concret n’a encore été décidé, Eurocloud France est informée et impliquée sur les réflexions et les plans d’actions à venir pour une vraie promotion de l’usage du Cloud par les administrations publiques ».

 

Le rapport BSA valorise désormais davantage les lois en matière de confidentialité et de cybersécurité…

Actualisée pour l’édition 2018, la méthodologie de ce rapport met en effet davantage l’accent désormais sur les lois en matière de confidentialité et de cybersécurité ainsi que sur l’infrastructure internet des différents pays. BSA reconnaît bien quelques vertus à nos infrastructures IT nationales et aux plans France haut débit et France Très Haut Débit.

Toutefois, cet organisme estime que « si la grande majorité des pays poursuivent leur travail d’amélioration de l’accès internet, la réussite de ses efforts reste très aléatoire ». Dans le même temps, cet organisme de défense des logiciels affirme que « L’emphase accrue sur les prédispositions informatiques et le déploiement de l’Internet donne des résultats intéressants. La capacité des pays et entreprises à tirer parti du Cloud Computing pour leur croissance nécessite l’accès à un réseau puissant ».

 

… et pénalise la France dans ce domaine

Le BSA pénalise les pays qui, comme la France, ont adopté des politiques de localisation de la donnée. Selon elle, « les exigences de localisation des données font office d’obstacle au Cloud Computing, entrainant des impacts financiers négatifs sur les marchés locaux ». Et des impacts commerciaux négatifs pour ses adhérents…, les éditeurs de logiciels - majoritairement américains - tels qu’Adobe, Apple, Cisco, HP, Microsoft, Symantec, etc.

Ce lobby recommande donc à « La France de porter désormais une attention particulière à certaines politiques et tendances ayant un impact direct sur le cloud computing, telle que la libre circulation des données qui est essentielle à l’essor du cloud en France, afin de continuer sur cette lancée ».

BSA admet quand même l’existence en France « d’une législation complète sur la protection de la vie privée, bien qu'elle comprenne des exigences d'enregistrement onéreuses et lourdes qui semblent inutiles ». Cet organisme admet aussi « qu’Une combinaison de législation complète en matière de cybercriminalité et de protection de la propriété intellectuelle mise à jour bénéficie aux services cloud en France. La France dispose également de lois sur la signature électronique et le commerce électronique à jour ».

 

Pas un mot sur la RGPD et la neutralité d’Internet

Enfin, le BSA milite pour que « Les pays poursuivent l’actualisation et l’optimisation de leurs régimes de protection des données, le plus souvent de manière à permettre les flux de données transfrontaliers. Quelques pays, cependant, n’ont toujours pas adopté de lois adéquates en matière de confidentialité ».

Curieusement, sans doute pour des problèmes de délais de bouclage de son édition 2018…, ce rapport ne tient ni compte de l’introduction prochaine au niveau européen de la RGPD, norme qui encadre de manière très stricte la confidentialité et l’échange des données en Europe, - une loi qui perturbe beaucoup les stratégies commerciales des adhérents américains de BSA, ni de la volonté des Etats-Unis, qui se classe troisième dans ce rapport, de mettre fin à la neutralité d’Internet…

 

Olivier Bellin

bellin@channelbp.com

#CBPMagazine, #BellinCBP, #GUIDECLOUD

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