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Brexit : le Royaume-Uni perdra-il son leadership dans l'hébergement ?

publié le mercredi 24/08/2016

SPECIAL BREX(IT) : Plusieurs enquêtes montrent que le Brexit a un impact conséquent à court terme sur les secteurs de l’hébergement et du Numérique au Royaume-Uni.

 

Un récent article de Bloomberg illustre par exemple l’inquiétude des leaders de l’hébergement et du Numérique au Royaume-Uni, suite à sa prochaine sortie de l’Union Européenne. Avec ses quelque 500 centres de données, qui traitent les informations personnelles et professionnelles de nombreux clients anglais et européens, dans la finance notamment, ce pays est l'un des plus importants concentrateurs de données en Europe.

 

Le Royaume-Uni restera-t-il la 1ere capacité d’hébergement en Europe

A lui seul, le Royaume-Uni représente presque 43% de la capacité d’hébergement proposée par les quatre principaux pays européens du secteur (Allemagne, France, Pays-Bas et Royaume-Uni) estime TechUK, une association de professionnels britanniques du Numérique. Elle milite donc pour un respect du Privacy Shield, le nouvel accord américano-européen de protection des données, afin de ne pas créer de Brexit au niveau de la gestion des données avec l’Europe.

 

Ces prises de position rassurantes suffiront-elles à convaincre les clients de ne pas changer leurs habitudes dans un marché de l’hébergement, de la colocation et du Cloud où la confiance est un élément-clé ? Pas à court terme, car les données étant l'un des principaux trésors des entreprises, celles-ci ne prendront aucun risque avec leur stockage ou traitement. A minima, celles situées au Royaume-Uni souhaiteront peut-être trouver une deuxième source d'hébergement pour les sécuriser, en Europe probablement.

 

D'ailleurs, Olivier Micheli, le président de Data4 Group, un spécialiste de l'hébergement prévoit "un sérieux coup de freins de projets d'investissements sur Londres et au Royaume-Uni. Le taux de vacance est encore assez élevé et les hébergeurs ont la capacité d'absorber une année de prise de commande faible. Ces opérateurs vont ensuite puiser dans leurs stocks en attendant une stabilisation des relations entre le Royaume-Uni et l’Europe  ».

 

Jouer la carte européenne

Malheureusement pour eux, les géants américains du Numérique, dont les fameux Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple), ont multiplié l’ouverture en 2016 d’importants data centers en Europe, en France et en Allemagne notamment. Ils ne souhaitent pas être victimes à nouveau, suite au Brexit, de la période chaotique qui a régné après la fin du Safe Harbour. Ces géants américains du Numérique avaient investis massivement depuis des années en Ireland et au Royaume-Uni pour se doter de capacité d’hébergement gigantesques, en vue d’attaquer ou de renforcer leurs positions sur le marché européen.

 

Bien que déjà présent au Royaume-Uni et en Europe, Equinix, le leader mondial de l’hébergement et de la colocation, a joué aussi la carte de l'Europe. Fin 2015, il a déboursé au moins 3.5 Md$ pour acheter l’hébergeur battave TelecityGroup et ses 39 data centers (32 après la cession de 7 d’entre eux à Digital Reality) répartis dans 11 pays européens.

 

Fabrice Coquio, le président d’Interxion France, un hébergeur britannique concurrent de TelecityGroup, estime également que «  l’inquiétude liée au Brexit pourrait entraîner un désengagement des grands acteurs du Cloud, qui déplaceraient leurs plates-formes cloud localisées au Royaume-Uni vers d’autres régions, en raison d’une éventuelle taxation des contenus cloud diffusés.». Et d’ajouter  : «  Cette longue période d’incertitude couplée aux possibles impacts du Brexit sur ces 4 segments-clés (Réseaux, Finance, Numérique et Cloud) qui contribuent à la croissance de l’industrie des data centers, pourraient entraîner une annulation des projets prévus au Royaume-Uni - et à Londres en particulier -, et une accélération de la redistribution des investissements vers le sud de l’Europe  ».

 

Londres n'est plus la base d'hébergement idéale

Il n’est pas le seul en Europe à s’inquiéter de l’impact du Brexit sur les différents segments d’activité faisant appel aux services des data centers, et sur l’industrie britannique des data centers elle-même. 451 Research, un cabinet d’études américain spécialisé dans l’hébergement, a publié en juin un rapport inquiétant sur les conséquences du Brexit sur le Marché londonien des data center multi tenants (MTDC). «  Historiquement, Londres a offert une base idéale aux sociétés  locales et internationales de la colocation, de l'hébergement et du Cloud pour fournir ces services au reste de l'Europe. Or, ce statut est à risque aujourd'hui. Certains fournisseurs et leurs clients estiment que des implantations telles que Francfort et Amsterdam pour faire du business plus facilement au sein de l'Union Européenne  », estime Rory Duncan, directeur de recherche en Europe pour 451 Research.

 

La Finance s'inquiète

L’inquiétude des professionnels britanniques du Numérique est donc motivée. D’autant que plusieurs leaders de la Finance présents dans la City ont déclaré cet été leur intention de délocaliser une partie de leurs activités en Europe Continentale, afin de conserver un lien de proximité fort avec (les données de) leurs grands clients. Rappelons que la Finance représenterait près de 40% de la capacité d’hébergement de la région de Londres, la première place financière européenne.

Fin connaisseur du marché de l’hébergement, Fabrice Coquio constate également qu’alors «  que le Royaume-Uni réalise 10 % de son PIB via les services financiers, Londres pourrait ne plus être la porte d’entrée pour la zone européenne. À l’image de la redistribution des points de présence des réseaux Télécom et IP vers le sud de l’Europe, les investisseurs dans les services financiers délaisseraient Londres au profit d’autres destinations  ». Le cabinet 451 Research a dressé, on l'a vu, un constat similaire.

 

Le Brexit ayant déstabilisé le marché britannique de l’hébergement, du Cloud et du Numérique, y-a-t-il de opportunité à saisir en Angleterre pour les hébergeurs et opérateurs Cloud français ? Sans aucun doute. Quelques spécialistes français et européens de l'hébergement et de l'intégration IT nous ont même avoué en coulisses que plusieurs dossiers de rachats qu'ils étudiaient depuis 2015, sur Londres notamment, étaient devenus soudainement plus intéressants au début juillet.

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