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Arvind Krishna, le successeur de Virginia Rometty, réussira-t-il à transformer IBM ?

publié le lundi 03/02/2020

Virginia Rometty quittera le 6 avril 2020 son poste de PDG d’IBM, rôle qu’elle occupait depuis 2012. Arvind Krishna lui succède alors qu’elle restera temporairement présidente exécutive de Big Blue. Jim Whitehurst, le PDG de sa filiale Red Hat, deviendra lui président d'IBM. Le nouveau tandem parviendra-t-il à réussir à court terme la transformation de ce leader historique de l’IT BtoB initiée par « Ginni » ?

 

L’action d’IBM a augmenté d’environ 5% jeudi dernier suite à l’annonce qu’Arvind Krishna, 57 ans, un pilier du groupe américain depuis presque 30, allait succéder début avril 2020 à Virginia Rometty en tant que PDG. Une satisfaction pour ses actionnaires apparemment. En effet, l’action de Big Blue avait chuté de 26% suite à la promotion en 2012 de Virginia Rometty en tant que présidente du conseil d'administration, mais aussi PDG d'IBM.

 

IBM n’a cessé de perdre de sa superbe depuis 2012, en Bourse notamment

Rappelons que l’ex-leader mondial historique du marché IT BtoB est un peu boudé par les analystes financiers. En effet, malgré la transformation du modèle économique et des offres IT historiques d’IBM initiée par Virginia Rometty, le groupe n’a pas cessé de perdre de sa superbe depuis 2012. Par exemple, IBM a enregistré jusqu’en 2019 quelques 23 trimestres, quasi consécutifs, de baisse de son chiffre d’affaires mondial. Un record dans l’industrie, surtout pour un groupe qui a régné sans partage à sa tête pendant des décennies.

Sans surprise, l’action d’IBM a aussi dévissé en bourse de 26% pendant sa mandature, alors que le Nasdaq a gagné lui plus de 250% depuis 2012. Année où l’action IBM s’échangeait encore à environ 170 dollars, contre seulement 143 dollars en janvier 2020.

 

Pourtant, Virginia Rometty a dépensé des fortunes pour animer le cours d’IBM…

Pourtant, Virginia Rometty a animé régulièrement le cours de Bourse d’IBM. Elle a dépensé environ 92 milliards dans de multiples rachats d’actions entre 2012 et 2017, mais aussi des dizaines de milliards dans l’acquisition de 65 entreprises durant sa mission. Dont celle pour 34 milliards de dollars en 2018 de Red Hat, le principal éditeur américain de logiciels Entreprise en Open Source. Son PDG, James Whitehurst, est d’ailleurs promu président d'IBM. Signe que le groupe continue à croire que l’apport des solutions Open Source de cet éditeur donnera une nouvelle dynamique à ses nouvelles offres Cloud hybrides, pourtant très privées auparavant. Un pari ambitieux mais risqué.

 

… et des trésors de patience pour transformer le modèle économique de l’entreprise

Durant son mandat, Virginia Rometty a opéré, avec un succès mitigé, la transformation du modèle des revenus d’IBM. Elle a commencé par réduire la voilure sur ses activités produits et services IT historiques, dont celles à la rentabilité déclinante (stockage, mainframe Z, etc.), car trop basées sur une vente de produits en mode transactionnel à l’heure du Cloud. Après la cession il y a quelques années à Lenovo de ses PC portables et serveurs X86, puis de certains actifs logiciels en décembre 2018 pour 1.8 Md$ à la société indienne HCL, Virginia Rometty a orchestré en parallèle, à grand renfort de licenciements, le virage de Big Blue vers le Cloud hybride, un peu tardivement, mais aussi vers les solutions destinées à l’intelligence artificielle (IA) et à la « ville intelligente ».

 

Trois marchés à fort potentiel, certes, mais dont le chiffre d’affaires réel mettra encore des années à se construire, et dont la rentabilité à court terme n’est pas encore garantie, dans l’IA notamment. Bonne nouvelle cependant, ces trois nouveaux piliers enregistrent enfin des croissances satisfaisantes selon IBM. Par exemple, l’activité de son pôle Cloud et Logiciels Cognitifs a continué sa progression en 2019. Elle a enregistré une croissance de 3.2% lors de son deuxième trimestre pour s’établir à 5.6 Md$.

 

Le plan de transformation n’a pas encore porté tous ses fruits en 2019

Mais les chiffres d’affaires et les rentabilités actuelles de ces trois nouveaux piliers ne compensent pas encore celles des activités IT historiques arrêtées, réorientées ou vendues par IBM. Et particulièrement au niveau des services de conseil, de maintenance et d’infogérance associés, lesquels ont toujours boosté la rentabilité de Big Blue et de ses revendeurs.

Ainsi, même si les marges de la division Global Technology Services (GTS) d’IBM progressent en 2019, suite à l’arrêt des contrats les moins rentables par exemple, ses revenus ont encore fondu de 6.7% au deuxième trimestre et de 5% en Q4 2019. Dans le détail, les services d’infrastructure IT et Cloud d’IBM ont eux reculé de 4% en Q2 2019, et ses revenus de support de 2%. Pire, côté matériel, le chiffre d’affaires Q2 de sa division Systems s’est effondré de 19.5% à 1.8 Md$. En cause, la chute vertigineuse (-41%) de ses ventes de mainframes Z et du chiffre d’affaires stockage (-21%) de Big Blue.

 

Le chiffre d’affaires et le cours de bourse d’IBM ont fondu durant la décennie écoulée

Toujours en cours, le projet de transformation de grande ampleur pèse donc encore fortement sur les résultats d’IBM. Big Blue a vu son chiffre d’affaires et son cours de bourse fondrent au soleil durant la décennie écoulée. Générant presque 107 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2011, l’ex-premier fournisseur IT BtoB mondial ne réalisait plus que 80 milliards en 2019…, malgré ses multiples acquisitions et la cession d’actifs pour plusieurs dizaines de milliards.

 

En parallèle, son petit réseau de distribution continue lui d’opérer à marche forcée sa nécessaire mutation technologique et économique, tant en termes d’acquisition de compétences, de certifications que de transformation de son modèle économique. Ses revendeurs sont-ils parvenus à s’aligner à 100% sur les nouveaux objectifs et les nouveaux produits d’IBM ? Pas sûr. Seule certitude, le réseau indirect est en pleine consolidation, dans l’univers des mainframes et des datacenters par exemple.

 

Pourquoi les actionnaires d’IBM n’ont-ils pas débarqué Virginia Rometty plus tôt ?

Bref, peut-on dire que la stratégie de retournement des activités IT historiques d’IBM, initiée il y a de nombreuses années par Virginia Rometty maintenant, a enfin permis au groupe de se réinventer avec succès et de renouer avec de fortes marges en 2019 ? Pas encore. Aussi, n’est-il d’ailleurs pas surprenant que les actionnaires d’IBM, ne l’aient pas débarquée plus tôt ? Faute de candidat sérieux à sa succession délicate ou parce qu’On ne change pas de monture au milieu du gué comme dit le proverbe ? Pourtant, ils s’étaient déjà inquiétés en 2018 du départ de Warren Buffet, un soutien financier inconditionnel de Virginia Rometty depuis 2011. Le milliardaire patron du célèbre fonds d’investissement Berkshire Hathaway avait en effet cédé toutes ses actions IBM cette année-là.

 

Le nouveau PDG aura besoin du soutien des actionnaires et de la marge de manœuvre nécessaire
Arvind Krishna, l’actuel vice-président senior de Big Blue pour les logiciels de cloud computing et les logiciels cognitifs, a donc la lourde responsabilité de poursuivre le chantier de reconstruction entamé par Virginia Rometty. Une mission de longue haleine qui impliquera un support sans faille des actionnaires, des équipes et des revendeurs d’IBM. Heureusement, il existe en 2019 quelques signes encourageants, mais timides, qui montrent que la tâche est peut-être enfin atteignable à moyen terme…, surtout si IBM poursuit sa cession d’actifs et ses licenciements en 2020...

Ainsi, comme à l’accoutumée, le chiffre d’affaires du quatrième trimestre 2019 d’IBM est légèrement supérieur aux attentes des analystes, surtout pour le pôle Cloud et Logiciels Cognitifs (+9%). Mais est-ce un hasard ? Celui-ci inclut désormais le chiffre d’affaires consolidé de plusieurs acquisitions successives, dont celui en augmentation sur ce 4e trimestre (+24%, contre déjà +19% au Q3 2019), de Red Hat, éditeur acquis officiellement pour 34 Md$ en juillet 2019…

 

2020 ne serait pas franchement meilleure que 2019
Le fournisseur ne s’autorise donc pas à prédire une année 2020 meilleure que la précédente sur des bases réalistes et compatibles avec ses projections et celles des analystes financiers. D’autant que selon un cabinet américain comme Trefis Research, les ventes annuelles du pôle Technology et Services Cloud d’IBM pourraient reculer de près d’un milliard à 34 Md$ en 2020. Avec un prévisionnel de 18.8 Md$, celles de ses Logiciels Cognitifs pourraient presque stagner au niveau de 2019, voire de 2018.

Tous les autres départements (stockage, serveurs, systèmes d’exploitation, services financiers, etc.) de Big Blue enregistreraient également en 2020 une stagnation de leurs chiffres d’affaires, voire une très légère progression. Pour terminer sur une bonne nouvelle, l’activité Services Business d’IBM serait encore en net progression à environ 17.2 Md$ en 2020, contre 17 Md$ en 2019 et 16.8 Md$ en 2018.

 

Arvind Krishna, le nouveau PDG d’IBM devra sans doute s’entourer de nouvelles compétences et faire preuve d’audace, en dépit de ses presque 30 années de bons et loyaux services dans le groupe. Poursuivra-t-il les grandes manœuvres stratégiques pour repositionner l’offre d’IBM comme initiées par Virginia Rometty ? Est-il favorable à un rapprochement ou une vente des pôles Global Technology Services (GTS) et Global Business Services (GBS) d’IBM ? Voire à une nouvelle cession d’activités historiques afin de gagner en agilité, comme HP avant lui ? Poursuivra-t-il l’externalisation (offshore) d’un nombre croissant de services IT de Big Blue en Inde, pays où il possède des attaches familiales ? Etc. Bref, le champ des possibles est vaste. Seule certitude, la route du succès va donc être longue et ardue pour Arvind Krishna.

 

Olivier Bellin

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