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Arvind Krishna a la lourde tache de transformer IBM en un leader du digital

publié le mardi 07/04/2020

C’est officiel. Arvind Krishna succède à Virginia Rometty, qui a quitté le 6 avril 2020 son poste de PDG d’IBM, rôle qu’elle occupait depuis 2012. Il collaborera avec Jim Whitehurst, le PDG de sa filiale Red Hat, qui est promu président d'IBM. Le nouveau tandem parviendra-t-il à transformer ce leader historique de l’IT BtoB ?

 

Pas beaucoup de sang neuf à la tête d’IBM. La vieille école reste au pouvoir, comme chez certains de ses concurrents d’ailleurs. Une valeur sûre pour leurs actionnaires en tant de crise ? C’est en effet Arvind Krishna, 57 ans, un homme du sérail de Big Blue depuis presque 30 ans, qui succède le 6 avril 2020 à Virginia Rometty en tant que PDG. Une nouvelle saluée par ses actionnaires et le Nasdaq. Leurs espoirs sont d’autant plus grands que l’action de Big Blue avait chuté de 26% en huit ans, suite à la promotion en 2012 de Virginia Rometty en tant que présidente du conseil d'administration, puis PDG d'IBM également. Pourtant, elle a dépensé des fortunes pour animer le cours d’IBM…

 

IBM est toujours un peu boudé par les analystes financiers

Et malgré cela, l’ex-leader mondial historique du marché IT BtoB est toujours un peu boudé par les analystes financiers. En effet, malgré la transformation progressive du modèle économique, mais pas dans tous ses nombreux silos, et des offres IT historiques d’IBM initiée – avec succès ? - par Virginia Rometty, le leader historique de l’IT BtoB a perdu un peu de sa superbe dans certains domaines (mainframes, serveurs, etc.) depuis 2012. Sans doute parce qu’il a pris trop tardivement le virage du Cloud et de l'hyperconvergence face à certains de ses concurrents. Ainsi IBM a enregistré jusqu’en 2019 quelques 23 trimestres, quasi consécutifs, de baisse de son chiffre d’affaires mondial. Et même si l’introduction d’un modèle économique basé sur le Cloud pénalise à court terme le chiffre d’affaires "on premise" de tous les acteurs qui se sont engagés dans la voie, c’est un record dans l’industrie IT, surtout pour un grand groupe qui a régné sans partage à sa tête pendant des décennies.

 

Jim Whitehurst, le PDG de sa filiale Red Hat, devient président d'IBM

Et sans doute pour compenser la nomination d’un des barons d’IBM à sa tête, ses actionnaires ont injecté un peu de sang neuf dans son conseil d’administration. Ils ont nommé Jim Whitehurst, le PDG de sa filiale Red Hat, président d'IBM. Le choc culturel et commercial entre les « Men in Black » et les « Men in Red » promet d’être intéressant à suivre sur certains dossiers stratégiques, dont le Cloud et l’IA. D’autant que l’ex-patron de Red Hat, un éditeur leader du monde « libre », prend en charge la stratégie de la société ainsi que l’unité Cloud and Cognitive Software. Parviendra-t-il à désiloter Big Blue et à dupliquer son modèle de management, moins pyramidal, lequel a contribué au succès de Red Hat et de sa population de Geeks ?

 

Accélérer la transformation initiée par Virginia Rometty

Durant son mandat, Virginia Rometty a opéré, avec un succès mitigé, la transformation du modèle des revenus d’IBM. Sinon, Big Blue aurait-il racheté Red Hat ? Elle a commencé par réduire la voilure sur ses activités produits et services IT historiques, dont celles à la rentabilité déclinante (stockage, mainframe Z, etc.), car trop basées sur une vente de produits en mode transactionnel à l’heure du Cloud. Après la cession il y a quelques années à Lenovo de ses PC portables et serveurs X86, puis de certains actifs logiciels en décembre 2018 pour 1.8 Md$ à la société indienne HCL, Virginia Rometty a orchestré en parallèle, à grand renfort de licenciements, le virage de Big Blue vers le Cloud hybride, un peu tardivement sans doute, mais aussi vers les solutions destinées à l’intelligence artificielle (IA) et à la « ville intelligente », deux marchés prometteurs sur… le moyen terme.

 

Le plan de transformation n’a pas encore porté tous ses fruits en 2019

Mais les chiffres d’affaires et les rentabilités actuelles de ces trois nouveaux piliers ne compensent pas encore celles des activités IT historiques arrêtées, réorientées ou vendues par IBM. Et particulièrement au niveau des services de conseil, de maintenance et d’infogérance associés, lesquels ont toujours boosté la rentabilité de Big Blue et de ses revendeurs.

 

Ainsi, même si les marges de la division Global Technology Services (GTS) d’IBM progressent en 2019, suite à l’arrêt des contrats les moins rentables par exemple, ses revenus ont encore fondu de 6.7% au deuxième trimestre et de 5% en Q4 2019. Dans le détail, les services d’infrastructure IT et Cloud d’IBM ont eux reculé de 4% en Q2 2019, et ses revenus de support de 2%. Pire, côté matériel, le chiffre d’affaires Q2 de sa division Systems s’est effondré de 19.5% à 1.8 Md$. En cause, la chute vertigineuse (-41%) de ses ventes de mainframes Z et du chiffre d’affaires stockage (-21%) de Big Blue.

 

Toujours en cours, le projet de transformation de grande ampleur d’IBM pèse donc encore fortement sur ses résultats. Big Blue a vu son chiffre d’affaires et son cours de bourse fondrent au soleil durant la décennie écoulée. Générant presque 107 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2011, l’ex-premier fournisseur IT BtoB mondial ne réalisait plus que 80 milliards en 2019…, malgré ses multiples acquisitions et la cession d’actifs pour plusieurs dizaines de milliards.

 

 

2020 ne serait pas franchement meilleure que 2019 pour IBM

IBM ne s’autorise donc pas à prédire une année 2020 meilleure que la précédente sur des bases réalistes et compatibles avec ses projections et celles des analystes financiers. D’autant que selon un cabinet américain comme Trefis Research, les ventes annuelles du pôle Technology et Services Cloud d’IBM pourraient reculer de près d’un milliard à 34 Md$ en 2020. Avec un prévisionnel de 18.8 Md$, celles de ses Logiciels Cognitifs pourraient presque stagner au niveau de 2019, voire de 2018. Et ses prévisions ont été faites avant le coût d’arrêt de l’économie suite à la pandémie de Covid-19…

 

Pas rassurant pour tous les autres départements (stockage, serveurs, systèmes d’exploitation, services financiers, etc.) de Big Blue, qui devaient enregistrer également en 2020 une stagnation de leurs chiffres d’affaires, voire une très légère progression.

 

Olivier Bellin

bellin@channelbp.com,

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