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Le Syntec Informatique veut fédérer les autres acteurs des TIC

publié le mardi 15/06/2010

Révision de la taxe professionnelle appliquée aux sociétés de service, réforme de la convention collective de l’IT, réévaluation des salaires, etc., les dossiers chauds à traiter par Guy Mamou-Mani, le nouveau président du Syntec Informatique, ne manquent pas. Ce co-président de la SSII Groupe Open y ajoute la création d’un syndicat inter professionnel élargi à d’autres secteurs IT, dont les télécoms et la mobilité. Espérons que les Var et intégrateurs ne seront pas, à nouveau, les parents pauvres de ce grand Syntec Numérique.

 

 

 

Quelles sont les priorités de votre nouvelle mandature ?

L’un de mes premiers chantiers en tant que nouveau président du Syntec Informatique portera sur la réforme de notre convention collective, qui a peu évolué en 40 ans. Je veux lui donner davantage de flexibilité car cette convention n’est plus adaptée à l’évolution de nos métiers. Par exemple, les variations de cycles économiques forcent parfois les entreprises à effectuer des licenciements, puis à recruter un an après, quand la crise est passée. Ce n’est pas normal. Il y a donc un travail de fond à réaliser entre nous et les syndicats ou autres organismes sociaux représentatifs.

 

Les pouvoirs publics sont-ils suffisamment au fait des enjeux de l’IT ?

Ma conviction est que la compréhension et la valorisation des services IT en France sont encore sous-estimées en France, tant au niveau des écoles professionnelles que des pouvoirs publics notamment. Résultat, le Gouvernement prend des décisions qui créent parfois des handicaps pour notre profession, à l’instar de celle prise par exemple sur la taxe professionnelle, laquelle pénalise les sociétés de services.

 

Quelle est votre position sur la taxe professionnelle… ?

La taxe professionnelle est un dossier que je vais remettre sur la table avec les pouvoirs publics. Est-il normal que des entreprises de services IT comme Groupe Open paie plus de 200 000 euros de taxe professionnelle supplémentaires suite à une réforme qui favorise les entreprises de l’industrie ? Je précise que le Syntec n’est pas là pour opposer services contre industrie.

 

… et l’amélioration des délais de paiement de la loi LME?

Contrairement à la CGMPE, je ne suis pas content des délais de paiement de nos clients, car la loi n’est pas toujours bien appliquée, dans les entreprises du secteur public notamment.

 

Etes-vous satisfait des arbitrages du Gouvernement sur l’Economie Numérique et le Grand Emprunt ?

Je vais aussi me battre pour défendre le point de notre secteur IT sur les dossiers de l’Economie Numérique et du Grand Emprunt, car il est logique que le Gouvernement aide les entreprises qui innovent et embauchent le plus. D’autant qu’il existe un risque que le Gouvernement réduise le montant de la commande publique dans le cadre du plan de réduction des dépenses récemment engagé par le Gouvernement. Son soutient aux réseaux à haut débit, voir au très haut débit, dont nous sommes les champions en Europe, est une bonne chose, car cela participe à l’équipement du territoire, mais nous ne sommes que 15e dans le classement au niveau de son utilisation !

 

Combattrez-vous plus activement les mécanismes qui conduisent à faire baisser toujours plus le prix des services IT ?

Effectivement. Aujourd’hui, les relations avec nos clients sont trop souvent basées sur un moindre coût des services IT, au dépend de la valeur ajoutée des projets. Le Syntec Informatique doit donc travailler davantage avec le Cigref et le Cedaf afin de trouver une relation gagnant-gagnant entre prestataires et clients. L’arrivée d’un nouveau président est un catalyseur qui permet de relancer les discussions.

 

Les clients des adhérents du Syntec Informatique sont-ils prêts à payer plus cher leurs services IT ?

Le ton a changé ces dernières années chez nos grands clients, dont beaucoup ont atteint un certain niveau de maturité dans ce domaine. Il y a quinze ans, les DSI décidaient de tout, puis ils ont été mis en compétition avec des acheteurs, qui ont parfois sacrifié la valeur du projet IT à son coût de revient. Aujourd’hui, nombre de directions générales ont pesé le pour et le contre d’une telle approche et certaines ont revu leurs politiques d’achat en biens et services IT.

 

La France est-elle un cas isolé en Europe en matière de prix bas dans les services IT ?

Ainsi que l’a rappelé Pascal Brier, l’un des vice-présidents du Syntec, en charge de la communication, la France est le pays en Europe où cette problématique d’achat de services IT à bas prix est la plus dure. N’oublions pas que la France est le pays de la grande distribution, canal qui a habitué ses clients à travailler avec seulement 2% de marges. Or, nous ne voulons pas que nos clients « achètent » des consultants sur des modes d’achat comparables à ceux de la grande distribution.

 

Le prix des services IT continue-t-il de baisser ?

Le prix des services IT est bas et il a continué de baisser au début 2010. Certaines pratiques commerciales, telles que les enchères inversées, ont conduit les sociétés de service IT à pratiquer des prix inacceptables. Pour information, le prix d’un ingénieur n’a pas augmenté depuis 25 ans dans certains domaines ! Certes, une grosse partie de notre business s’est banalisée, mais il demeure encore beaucoup d’innovations et de valeur ajoutée.

 

Est-ce que cette situation pénalise l’évolution des rémunérations dans l’IT ?

Aujourd’hui, les métiers du numérique attirent encore beaucoup, mais le niveau de salaire pratiqué dans les services IT n’est pas toujours compatible avec les prétentions des meilleures diplômés. Résultat, nous perdons régulièrement des talents à la sortie des écoles professionnelles.

 

Avec la reprise économique, les revendications salariales vont se multiplier dans le secteur IT, comment le Syntec Informatique réagira-t-il ?

Les revendications des salariés de notre profession sont légitimes car ils ne sont pas tous assez bien payés. Toutefois, les entreprises de services ne peuvent parfois pas les augmenter compte tenu de la situation économique et de la pression sur les prix. Je les encourage donc à soutenir la revalorisation de notre profession, afin d’aider les entreprises qui la composent à améliorer leurs marges.

 

Dans votre programme de campagne, vous évoquiez la création d’un syndicat professionnel plus grand, est-ce toujours d’actualité ?

Mon projet est d’ouvrir le syndicat à d’autres acteurs que ceux du conseil en technologie, des SSII et des éditeurs. A l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays européens, dont l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne notamment. Par exemple, les représentants des secteurs de la mobilité et des télécoms devraient pouvoir faire partie du Syntec. En effet, les frontières entre nos métiers sont de plus en plus floues, raison pour laquelle nous devons revoir la représentativité du Syntec dans l’économie numérique, mais aussi repenser notre convention collective. Ensemble, nous disposerons d’une plus grande représentativité auprès des pouvoirs publics.

 

Conserverez-vous l’appellation Syntec Informatique ?

Non, un tel organisme pourrait être rebaptisé Syntec Numérique.

 

Des négociations sont-elles déjà ouvertes avec d’autres associations ou syndicats professionnels des TIC ?

Oui, le Syntec Informatique n’a pas attendu mon élection pour discuter avec d’autres organismes professionnels représentatifs. Cela dit, dans le passé, nombre d’associations ont peut-être eu le sentiment de ne pas avoir été assez bien reconnues par le Syntec. Or, avec l’évolution de nos métiers, nous devons changer la donne pour faire cause commune. Les solutions IT que nous proposons à nos clients communs combinent de nombreuses technologies numériques également promues par les adhérents d’autres syndicats et associations.

 

Y compris avec l’Afdel, l’association des éditeurs de logiciels ?

Il faut que notre équipe discute de ce projet de syndicat étendu avec l’Afdel, association qui représente des éditeurs, ainsi que le Geicet, groupement qui réunit une dizaine de société de conseil en technologie, dont Alten, Altran, etc., ou encore l’Acsel, une association spécialisée dans le e-commerce, etc.

 

Comment chaque métier sera-t-il représenté dans ce nouvel ensemble ?

Je veux mettre en œuvre une sorte de temple grec composé de colonnes représentants chacune un métier. Elles auront un toit commun représentant nos enjeux collectifs.

 

Les nouvelles associations et syndicats que vous voulez fédérer au sein du Syntec Numérique seront-elles bien représentées à sa direction ?

Nous panacherons les métiers dans notre nouveau comité exécutif car je regarde la compétence de ses représentants avant toute chose. Il sera composé d’au moins six personnes, dont trois responsables de fonctions transversales et trois personnes issus des collèges et métiers qui constituent les membres du Syntec (SSII, conseil en technologie et éditeurs).

 

Trois collèges, n’est-ce pas peu au regard du nombre de nouvelles professions que vous souhaitez accueillir ?

Un quatrième collège pourrait voir le jour et être composé de représentants d’un secteur tel que celui de la mobilité. C’est un changement de gouvernance important que je devrais expliquer à nos adhérents.

 

Les Var et intégrateurs seront-ils enfin davantage reconnus au sein du Syntec Informatique ?

Le Syntec Informatique doit aussi représenter les Var, sociétés qui jouent un rôle important dans notre secteur IT. Et si cela n’est pas le cas, il faut éventuellement trouver une solution au niveau de la création d’une commission qui serait plus représentative. Leur adhésion Syntec Informatique est aussi une bonne chose pour eux, car ils pourront côtoyer et échanger avec les éditeurs, qui sont également leurs fournisseurs le plus souvent.

 

Renforcerez-vous également le poids des éditeurs dans les organes de décision du Syntec Informatique ?

Je veux créer un écosystème favorable aux éditeurs au sein du Syntec Informatique et sur le marché français, car ils ont du mal à grandir et à passer à la taille critique. Nous avons démarré des actions de promotion des éditeurs, en partenariat avec Oséo et d’autres organismes. Notre présence en mai sur le salon HIT avec notre commission Santé est un excellent exemple de ce que le Syntec doit faire pour promouvoir les solutions métiers développées par ses adhérents éditeurs.

 

Pensez-vous que ce regroupement d’organismes professionnels sous l’égide du Syntec Numérique ait une bonne chance d’aboutir ?

En tant que président du Syntec Informatique, j’arrive avec une bonne volonté et une ouverture d’esprit suffisantes pour faire avancer le dossier. Nous devrions étudier ce qui nous réunit davantage que ce qui nous sépare. Ce qui compte au final est que tous les acteurs de ce projet partagent une vision commune.

 

Comment ferez-vous avancer ce projet de syndicat élargi au sein du Syntec Informatique ?

Un comité des sages va travailler sur cette modification de notre gouvernance pendant 12 mois environ afin de préparer cette transformation en interne. Celle-ci devrait être facilitée par l’adoption de collèges en lieu et place des commissions métiers actuelles. Je souhaite que nous commencions déjà à mettre en œuvre progressivement notre approche de « temple grec » avec ses piliers métiers.

 

Le Syntec Informatique est-il prêt à accueillir des structures plus modestes que de grands éditeurs ou SSII, sachant qu’ont a toujours l’impression que sa composition est assez élitiste ?

L’image d’Epinal selon laquelle le Syntec n’est composé que de grandes sociétés de services est fausse. 85 % de nos adhérents sont des PME et la moitié d’entre eux réside en province. Je suis conscient que notre équipe doit mener un gros travail pour changer l’image du syndicat. Je serai le garant de la représentativité des PME au sein du Syntec Informatique. Ma personnalité est représentative et fédératrice de cette nouvelle politique, car je viens d’une PME de 3400 salariés.

 

Le montant de l’adhésion au Syntec Informatique est-il encore un frein à l’adhésion des PME ?

Non, car ce montant n’est plus que de 550 E pour les entreprises de moins de dix salariés. Cette cotisation est vite amortie dès l’adhésion en raison des nombreux services proposés par le Syntec.

 

Etes-vous favorable à la montée en charge de l’off shore dans les services IT ?

Je ne suis pas un promoteur de l’off shore, bien au contraire. Toutefois, il serait ridicule de nier son existence car cette pratique représente environ 5% des activités de services de notre profession. Mais là encore, nos clients ont muri sur ces sujets. Une fois qu’ils ont fait leurs calculs et intégré les coûts cachés, ils réalisent que cette pratique ne leur permet pas toujours de réaliser autant d’économies qu’ils l’espéraient.

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