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La monétisation de l’open source engendrée par le Saas n'inquiète pas Smile

publié le mardi 29/05/2012

La monétisation des logiciels BtoB open source s’accélère avec le décollage du modèle Software as a Service (Saas). Cette tendance n’effraie pas Marc Palazon, le président de Smile, l’une des principales SSLL françaises. Bien au contraire, il s’agit plutôt d’une opportunité pour sa société, car elle réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires dans les services. Sauf si les éditeurs open source adressent ses clients en direct grâce au Saas…

 

 

Magazine CBP : Comment se positionne la France en matière d’utilisation de l’open source en Europe ?

Marc Palazon, président de la SSLL Smile : La France est en avance dans l’utilisation de l’open source en Europe, car depuis 2001-2002, je constate une adoption volontariste des administrations, mouvement qui s’est ensuite étendu au secteur privé. Leurs homologues européens du secteur public sont en retard, raison pour laquelle il n’existe pas ou peu de prestataires open source ayant une taille comparable à celle de Smile en Europe.  

 

La SSLL Smile fait-elle partie des chefs de file de l’open source en France ?

Smile va réaliser plus de 45 M€ cette année, ce qui nous positionne comme le numéro un français du secteur, même si certaines grandes SSII généralistes réalisent davantage de projets en open source que nous. Cela dit, Capgemini fait parfois appel à nous pour réaliser des produits pointus dans ce domaine. Les logiciels open source ne sont pas tous intéressants pour ces SSII, car ils concurrencent certains de leurs produits propriétaires, qui sont eux de véritables « vaches à lait ».

 

Est-ce un mythe de dire que les services d’intégration sont moins chers en open source qu’en environnement dit propriétaire ?

Oui, car les services d’intégration en open source sont aussi chers que ceux des environnements propriétaires.

 

Quelle est la part des services dans le chiffre d’affaires de Smile ?

Smile met toujours un gros focus sur les services de conseil et d’intégration, qui constituent l’essentiel de notre chiffre d’affaires, car les revenus issus de la ventes de licences sont faibles.

 

Pourtant, la commercialisation de versions payantes pour les logiciels open source n’a-t-elle pas pris de l’ampleur ces dernières années ?

Il est vrai que les versions commerciales, dîtes Entreprises, sont de plus en plus répandues, de même que l’achat obligatoire d’un support annuel à l’éditeur, du type Alfresco. Il existe de moins en moins de logiciels gratuits purement communautaires, de type Typo 3 ou Drupal. A l’exception des produits émis par des fondations, dont le mode de financement est différent.

 

Les multiples acquisitions d’éditeurs open source par les éditeurs de logiciels propriétaires ne risquent-elles pas de remettre en cause le modèle open source ?

Je ne pense pas que les récents rachats d’éditeurs open source, tels que Magento et MySQL, pénalisent à court terme le développement de produits open source. D’autant que les communautés supportant ces logiciels peuvent toujours créer des « forks » (bifurcations) pour continuer à développer ces produits en mode open source.

 

Le Cloud est-il une opportunité ou une menace pour la communauté open source ?

A priori, le développement du Cloud et des services d’hébergement associés ne remet pas en cause l’avenir des produits open source. En revanche, le Cloud fait évoluer rapidement notre métier d’intégrateur. D’ailleurs, il n’est pas exclu que nous devions un jour ou l’autre proposer nos propres plateformes d’hébergement mutualisées dans le Cloud.

 

Les éditeurs open source se sentent-ils concernés par l’avènement du Saas ?

Certains éditeurs avec lesquels nous travaillons se posent toujours des questions alors que d’autres investissent déjà dans le Cloud. Par exemple, un acteur comme Magento a lancé baptisée Magento Go, une plateforme Saas qui dispose de fonctionnalités avancées et de composantes métiers verticalisées. Les clients doivent payer pour y accéder. Cela remplace apparemment le support que certains d’entre eux paient déjà à Magento.

 

En clair, la notion de gratuité ne risque-t-elle pas de disparaître plus rapidement de l’open source si les plateformes Saas se multiplient ?

Tout d’abord, les produits open source ne sont pas vraiment gratuits, pour les entreprises notamment. Seules les licences de la version Community le sont, et encore, si elles sont utilisées d’une certaine manière. Certes, la monétisation des logiciels open source devient une réalité avec le Saas, car les éditeurs doivent bien se financer. Mais les prix pratiqués demeurent bien inférieurs à ceux des produits propriétaires. Je reconnais toutefois que le Saas peut faire perdre la notion de gratuité dans l’open source, ou l’accès à certaines fonctionnalités pour des logiciels hébergés sur des plateformes hébergés.

 

Le modèle économique de l’open source va-t-il changer rapidement avec le Cloud?

Oui, car je constate déjà un mélange entre les modèles gratuits et payants dans l’IT avec l’avènement du Saas. Mais ce n’est pas demain la veille que tous les logiciels passeront en mode Saas. Les mentalités devront évoluer entre-temps. Je reste donc relativement confiant quant à la pérennité des produits open source.

 

Smile est-il intéressé par la création d’une plateforme Saas afin de ne pas trop dépendre des éditeurs ?

La création d’une plateforme Saas regroupant un bouquet de logiciels peut être une opportunité pour Smile, mais nous devrons le faire en partenariat avec les éditeurs.

 

Les éditeurs de logiciels open source ne sont-ils pas tentés d’adresser vos clients en direct grâce au Saas ?

Nous restons vigilants chez Smile, car nous savons bien que des éditeurs comme Magento seront un jour tentés de prendre en direct certains clients qu’ils auront identifiés grâce au Saas. Pour l’instant, notre objectif n’est pas de nous les mettre à dos en réagissant de manière prématurée à cette éventualité. D’autant que le Saas nous permet aussi d’adresser des clients plus petits, qui n’étaient pas dans notre radar auparavant.

 

Quels sont vos projets à l’international en 2012 ?

Smile prévoit de réaliser cette année environ 15 % de son chiffre d’affaires à l’international, contre 10% en 2011 et quasiment 0 en 2010. L’open source est, par défaut, international et les produits que nous intégrons n’ont pas de frontières. Les éditeurs et partenaires sont favorables à notre positionnement à l’international.

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