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Eté 2010 : un climat propice aux acquisitions

publié le mardi 17/08/2010

Cet été, le secteur IT a connu un surcroit significatif d’acquisitions, dans l’édition de logiciels et les services en particulier. Par exemple, suite à l’achat de deux éditeurs en août, IBM a annoncé qu’il consacrera 20 milliards de dollars aux acquisitions d'ici 2015. Intel dépense 7,7 Md$ pour l'éditeur McAfee. Quant à HP, il bataille avec Dell pour s'emparer de 3Par et achète deux éditeurs en août. Les achats de grossistes et de Var se sont également multipliés. Plusieurs explications à ce phénomène quasi saisonnier, qui a pris une ampleur inaccoutumée, en raison notamment de la crise économique et des mutations que traverse notre industrie (Cloud, Saas, virtualisation, etc.).

 

Primo, en dépit de la crise économique, de nombreux grands fournisseurs IT et opérateurs télécoms ont reconstitué leurs marges au début 2010. Intel n’est pas le seul fournisseur IT américain à avoir qualifié « d’historiques » ses résultats au premier ou deuxième trimestre 2010. Il faut dire aussi que tous ces acteurs avaient fortement réduit la voilure en 2009, licenciant des centaines de milliers de salariés dans le monde.

Au final, à l’heure où une sortie de crise semble se dessiner, des acteurs comme Dell, HP, Intel ou IBM disposent à nouveau d’une trésorerie très importante. Et au lieu de l’utiliser uniquement pour racheter leurs actions, et animer ainsi leurs cours de bourse, en berne, les plus fortunés préfèrent réaliser des acquisitions stratégiques et tactiques, ne serait-ce que pour compenser leur faible croissance organique. Seuls Oracle et Microsoft, deux grands habitués des acquisitions, n'ont pas encore fait parler la machine à cash.

 

Acheter les briques technologiques manquantes, dans le Saas et le cloud notamment

Rien qu’en août, IBM a acquis deux éditeurs, Datacap et surtout Unica, un spécialiste du CRM, ainsi que Sterling Commerce, SPSS et Lombardi quelques mois auparavant. D’autres acquisitions suivront car la direction d’IBM prévoit de consacrer 20 milliards de dollars aux acquisitions d'ici 2015. A l’instar de Big Blue, dont beaucoup admirent la migration réussie vers les logiciels et les services, les fournisseurs IT sont plus nombreux à investir dans ces deux domaines. Mais aussi dans des acteurs et technologies leur permettant de mieux se positionner sur les marchés prometteurs du Saas (Software as a service), du cloud computing et de leur corollaire, la virtualisation des infrastructures IT. 

 

 

Dell et HP, l'argent coule à flots

Dell est un bon exemple. Il a annoncé mi août qu’il déboursera 2 Md$ en cash pour 3Par, un constructeur californien spécialisé dans l’administration du stockage virtualisé pour les serveurs. HP pourrait lui griller la politesse sur cette opération. Troutefois, si elle se réalise, cette acquisition complète celle d’Ocarina Networks en juillet 2010, un fournisseur de technologies d’optimisation du stockage, et celle en 2008 d’Equalogic (1,4 Md$), un autre spécialiste du stockage, en réseau cette fois-ci. En début d’année, ce constructeur texan avait déjà acquis Scalent Technology, un éditeur spécialisé dans l’optimisation des infrastructures des data centers. Peu de temps auparavant, il avait mis la main sur un autre californien, Everdream, un fournisseur de services d’administration à distance pour les solutions en mode Saas.

Quant à HP, il vient d'acheter en août Stratavia, un spécialiste de l’automatisation d’applications, et Fortify Software, un éditeur californien de logiciels et de services dans la sécurité. Auparavant, il avait annoncé l'achat fin avril le constructeur Palm pour la bagatelle de 1,2 Md$. Une paille pour son conseil d'administration, qui vient d’autoriser fin août la direction de HP à racheter 10 milliards de dollars d'actions du groupe !

 

Contrer le débarquement de nouveaux acteurs

Secundo, avec l’avènement de nouveaux modèles d’acquisition et de consommation des produits IT (Saas, Cloud Computing, Virtualisation, etc.), de nouveaux acteurs débarquent sur le marché IT. Il s’agit notamment des opérateurs télécoms et Internet. Ce constat incite les fournisseurs déjà en place à réaliser des acquisitions défensives afin d’empêcher les nouveaux entrants de se doter des briques technologiques ou commerciales qui leur manquent. Et notamment dans les services. Car, dans un contexte économique difficile, propice à la consolidation des actifs dans les entreprises, la maîtrise des services est devenue encore plus stratégique pour des fournisseurs et des revendeurs, surtout à l’heure d’une érosion, apparemment irréversible, des prix sur les produits IT banalisés. Ce n’est pas sans raison que HP s’est emparé de la SSII américaine EDS pour quelques 14 Md$ dès fin 2008, ou que Dell a déboursé 3,9 Md$ fin 2009 pour la SSII texane Perot System.

 

L’Asie en embuscade sur les intégrateurs

Les fournisseurs IT asiatiques sont également sur les rangs pour prendre des parts de marché en Occident. Choquées de voir le Japon risquer de perdre cette année, ou en 2011, sa place de deuxième économie mondiale, au profit de la Chine, les grandes entreprises japonaises partent à l’assaut du monde extérieur. Le président de Fujitsu, la plus grande société de service IT japonaise, a annoncé début juillet 2010 qu’elle allait réaliser plusieurs acquisitions, d’éditeurs notamment, pour se développer dans le cloud computing. Rappelons qu’elle avait déjà pris le contrôle fin 2008 de l’ex Fujitsu Siemens Computers (FSC) pour 450 ME.

La semaine suivante, le premier opérateur télécoms japonais, NTT, annonçait l’acquisition de l’intégrateur Dimension Data pour 2,12 milliards de livres ! Ce prestataire IT deviendra sa tête de pont en Europe et son bras armé dans les services pour les grands comptes internationaux. NTT avait déjà acquis en septembre 2009 Integralis, un intégrateur allemand spécialisé dans les réseaux.

Et à l’heure de la ruée sur la virtualisation et les data centers, les spécialistes des réseaux deviennent des cibles de choix pour les telcos (Telindus/Belgacom, Silicomp/France Télécom, etc.). Cela dit, ces Var ne se contentent pas de regarder passer le train du cloud computing et de la virtualisation. Ainsi, l’intégrateur Spie Communications a acheté cet été Veepee, un Var expert en réseaux multi-opérateur télécoms, pour renforcer son offre dédiée aux infrastructures IP. Econocom a pris le contrôle d’ECS, un spécialiste de la location, du financement et de la maintenance, etc.

 

Les comportements d’achat des entreprises évoluent

Tertio, cette vague d’acquisitions reflète aussi le changement de la donne commerciale, suite à l’évolution des comportements d’achat des entreprises. Dans un climat économique plus propice à la consolidation des infrastructures IT qu’aux investissements lourds, les clients favorisent la consommation à l’usage (Opex), plutôt que d’investir du capital dans l’acquisition de biens et de services (Capex). Une aubaine pour les fournisseurs qui se positionnent sur les marchés du Saas (Software as a service) et du cloud computing, deux chefs de file de cette nouvelle consommation dématérialisée à l’usage. Mais ces acteurs devront réaliser d’importants efforts, via des acquisitions par exemple, pour accélérer l’évolution de leurs stratégies commerciales et de leurs organisations internes.

 

Une majorité d’éditeurs de logiciels nationaux sont confrontés à un double challenge aujourd’hui : d’un côté, ils doivent préparer leurs troupes et leurs revendeurs à la montée en charge du Saas. Or, il leur est difficile d’adopter rapidement ce nouveau modèle de commercialisation à l’usage, sans tuer leur fond de commerce historique, bâti lui sur la vente de licences et de contrats de maintenance annualisés. De l’autre, les éditeurs et leurs intégrateurs s’engagent dans la verticalisation métier et le pré-paramétrage de leurs logiciels génériques, afin de mieux pénétrer les PME.

 

Les ISV nationaux ont-ils les moyens de rester indépendants ?

Deux activités fortement consommatrices de ressources et de cash. Or, on l’a vu, tous les éditeurs ne disposent pas de la trésorerie nécessaire pour adapter leurs logiciels à cette nouvelle donne, mais aussi pour les marketer et les commercialiser conjointement en mode Saas. Ils sont donc devenus des cibles potentielles pour les éditeurs disposant, eux, du cash nécessaire pour acquérir les briques qui leurs font défaut. Dans la paie et les RH, Cegid a acquis Vedior Front RH, ce qui permet à cet éditeur lyonnais de renforcer sa position dans les logiciels RH fournis en mode SaaS (200 000 bulletins de paie par mois). Quant à Lefebvre Software, il a acquis cet été les capacités d’intégration du pôle RH-paie Arcole de l’intégrateur Ares. Autre exemple, GFI Software achète mi juillet Sunbelt Software pour améliorer son offre en sécurité pour la messagerie électronique.

 

Rappelons que la crise économique a favorise depuis 2009 la concentration chez les éditeurs de logiciels français, qui connaissent des difficultés à maintenir leur indépendance. C’est l’un des enseignements de l’édition du Truffle 100 2010, un palmarès des 100 premiers éditeurs de logiciels en France édité par Truffle Capital, société de capital investissement, en partenariat avec le cabinet CXP.

 

L’optimisation de la logistique et l’approche solutions

Quatro, la réduction des coûts de la logistique est toujours au cœur des problématiques d’achat des entreprises et donc, de l’optimisation des circuits de distribution IT. Avec les récentes évolutions, à la baisse, de la parité euro-dollar, les grossistes qui travaillent avec des marges toujours plus réduites, doivent être vigilants dans le contrôle de leurs achats de matériels et de composants. En parallèle, la récente remontée du pétrole, qui fleurte cet été avec les 80 dollars le baril, conduira les distributeurs à devoir mieux maîtriser le poste transport. Ce dernier avait explosé quand l’or noir avait largement franchi la barre symbolique des 100 euros... Deux facteurs qui conduiront sans doute les grossistes à réaliser des acquisitions pour atteindre des tailles critiques supérieures sur plusieurs territoires.

 

La consolidation des grossistes IT s'accélère

Filiale du fonds d'investissement Droege, Actebis vient ainsi d’annoncer mi août son mariage prochain avec Also, un distributeur BtoC suisse spécialisé dans le retail et une filiale de l'ascensoriste Schindler.  Une semaine après, la société d’investissement irlandaise DCC annonçait le 23 août l’acquisition de Comtrade, grossiste français spécialisé dans les produits IT et audiovisuels destinés au grand public. Le montant total de l’acquisition avoisinerait les 21 M€. En France, DCC détient déjà Banque Magnétique, un grossiste IT grand public, et le Vad Altimate (ex-Distrilogie).

 

Les Vad ne sont pas en reste. A l’heure de la convergence des technologies numériques dans le BtoB, ils doivent en effet mieux accompagner les mutations technologiques et économiques qui bouleversent le quotidien des Var. Les approches Solutions promues par un nombre croissant de fournisseurs IT accéléreront les mariages entre Vad spécialisés dans un seul domaine (réseau, stockage, etc.). Avnet, un grossiste américain spécialisé en infrastructures IT, a finalisé en juillet la reprise de son compatriote Bell Micro, un spécialiste du stockage en difficulté. Le Vad Arrow, l’un de ses concurrents dans les infrastructures IT, a repris cet été son homologue britannique Sphinx, spécialisé lui dans les réseaux sécurisés.

 

Le nombre de cibles a augmenté

Enfin, crise oblige, le nombre de cibles potentiellement intéressantes a augmenté. En effet, de nombreuses entreprises du secteur IT ont connu de réelles difficultés financières en 2009, comme en témoigne une forte hausse de la sinistralité. Rien qu’en France, Hermes Euler Sfac a dénombré l’année dernière 64 661 jugements devant le tribunal de commerce, « ce qui situe 2009 proche du pic historique de 1993 (64 814) », estime les analystes de cet assureur-crédit. Les PME ont été les plus impactées, comme à l’accoutumé. D’autant que les banques n’ont pas souvent joué leurs rôles de bailleurs de fonds en 2009…

Des bilans 2009 dégradés n’ont pas aidé les fournisseurs et les revendeurs endettés, ou disposant de lignes de crédits insuffisantes, à trouver les financements nécessaires à la commercialisation et au développement de leurs produits. Mais, paradoxalement, les analystes estiment que les liquidités disponibles pour réaliser des acquisitions ont atteint des sommets chez les organismes financiers. Normal, ils cherchent des placements plus sûrs que la Bourse actuellement.

 

Rien n’est acquis

Au final, si le retour à la croissance tarde en Europe et en Amérique, les fusions devraient se multiplier fin 2010, dans les services IT notamment. De nombreuses opportunités apparaîtront pour ceux qui sauront tirer le meilleur parti des nouveaux modèles économiques naissants (Saas, Cloud, etc.). Mais même s’ils sont séduits par la conjonction de circonstances assez favorables aux opérations de croissance externe, fournisseurs et Var devront veiller à garder leurs frontières pour protéger leurs acquis et les développer.

 

Ils devront prendre garde à la montée en charge progressive de nouveaux acteurs, dont les poids lourds asiatiques (Fujitsu, NTT, etc.) dans l’industrie planétaire des infrastructures et des services IT. La vague d’acquisitions démarrée en 2010 s’amplifiera probablement en 2011. Si des mega fusions la transforment en tsunami, elle accélérera la recomposition du paysage IT, laquelle a déjà démarré avec la virtualisation et la convergence des technologies numériques (stockage, réseau, etc.). Assistera-t-on à l’émergence d’un new deal dans l’IT dès 2011 ?

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